Ultime Conseil communal avant la période estivale - et dernière séance utile d’ici au scrutin électoral d’octobre -, celui de lundi, à Liège, était pour le moins chargé. Mais une fois les interpellations - relativement convenues - exprimées, ce fut au tour des grands dossiers du soir d’être examinés. Parmi ceux-ci figurait celui de la transformation de l’actuel Mamac, sis au parc de la Boverie, en un Centre international d’art et de culture (Ciac). Ainsi qu’évoqué brièvement dans nos colonnes (voir "Gazette" du 21/6), le collège communal a décidé il y a peu de lancer un appel d’offres général. Et c’est précisément de cela dont il était question ce lundi.

L’échevin des Travaux Roland Léonard (PS) a tout d’abord rappelé les chiffres clés de ce projet subsidié par le Feder (fonds européen) et dont le coût avoisine les 23 millions d’euros. "L’idée est de passer un marché unique et indivisible, structuré en deux parties, a précisé l’échevin Léonard. La première ayant trait aux travaux de rénovation et d’extension du Mamac et la seconde étant consacrée à l’exploitation et à la maintenance - durant dix ans - du futur espace muséal". Bien entendu, la Ville a établi un cahier des charges, incluant notamment les aspects d’occupation de l’espace et de politique tarifaire, et a fixé différents critères de sélection.

Du côté de l’opposition, où on se posait encore récemment des questions tant sur le contenant que sur le contenu (voir notre édition du 17/3), c’est l’inquiétude qui était plutôt de mise. Ainsi, le conseiller MR Pierre Gilissen, s’il s’est réjoui qu’après "quatre ans de silence", la Ville sorte enfin sur le dossier, s’interrogeait quant à la décision de "faire passer à la hussarde" un tel marché public innovant. Le hic, selon ce dernier, est de confier à un seul opérateur - privé en l’occurrence - les travaux proprement dits et la gestion artistique et culturelle du futur Ciac. Selon le conseiller, évoquant le musée du Sénat à Paris, les précédents en la matière ne sont guère concluants. En outre, Pierre Gilissen évoque un risque que le futur opérateur puisse s’accaparer les collections liégeoises - le terme d’"accès privilégié" pose question. D’autant, juge-t-il, que l’ASBL "Les Amis de la Boverie", dont la création est prévue, est qualifiée par lui de "rempart culturel un peu léger contre la privatisation des expositions". Et d’estimer en conclusion, évoquant un partenariat possible avec l’Etat fédéral afin d’alimenter le futur Ciac, que "la Ville botte en touche" sur ce dossier.

"La Ville donne un peu l’impression qu’elle s’en lave les mains", a jugé pour sa part le conseiller communal Alain Leens (Ecolo), lequel a dit également sa perplexité quant à la désignation d’un opérateur unique. Il s’inquiète par ailleurs de la viabilité financière du montage proposé par la Ville, dont la contribution est estimée à 700000 euros annuels. "Je suis sceptique quant à la possibilité que cet appel d’offres général trouve un candidat", a ainsi conclu le conseiller Ecolo. De son côté, l’échevin de la Culture, Jean-Pierre Hupkens (PS), a rappelé le contexte de crise financière dans lequel s’est inscrit le vieux projet Ciac - l’idée d’une fondation avait dans un premier temps été évoquée - et a affirmé que "la Ville a pris ses responsabilités".