Soyons francs : la situation est grave… dans (presque) tous les secteurs de notre économie. Depuis près d’un an déjà, le commerce vit dans la plus profonde incertitude quant au lendemain ; conséquences des mesures sanitaires strictes mises en place dans le cadre de la crise. Certains secteurs sont plus durement touchés que d’autres comme les métiers de contact… et que dire de l’Horeca qui n’a comme bouée de sauvetage que l’option take away, dont on sait aujourd’hui qu’elle ne sert qu’à payer les charges urgentes, pas à vivre ?

Au sein d’une métropole comme Liège, Cité ardente dont le commerce est la vitrine, la situation est plus tendue que jamais. Les rues commerçantes sont clairsemées et les quartiers dédiés à l’Horeca sont morne plaine. Que faire sans "deadline" dès lors ? Nous avons posé la question à l’échevine du Commerce Élisabeth Fraipont (MR), qui assure ne pas ménager ses efforts avec ses équipes… mais qui avoue aussi ne pas avoir toutes les cartes en main.

"Depuis mars dernier, nous travaillons sans relâche et nous sommes en contact permanent avec les différents secteurs", explique l’échevine sur un ton fatigué mais aussi déterminé, "nous avons mis en place plusieurs outils dont les mesures d’exonération ou de suspension des taxes et redevances, une plateforme de référence des commerces ; depuis juillet, il y a une collaboration avec le barreau pour apporter une aide juridique". Au 15 janvier 2021, 129 permanences avaient déjà été organisées, preuve que le recours à ce service est apprécié. En parallèle, d’autres campagnes de promotion du commerce local sont mises en place… mais ces mesures ne sont-elles pas des emplâtres sur une jambe de bois ? Non, car les aides sont bien utiles. Mais force est de constater aussi que la Ville de Liège n’a pas la maîtrise de la situation, ni sanitaire, ni économique…

Le problème des loyers

"C’est la raison pour laquelle nous avons sollicité une rencontre avec le ministre de l’Économie Willy Borsus, le 15 février", nous confie l’échevine. Ce n’est pas la première bien sûr mais l’urgence est plus que jamais de mise pour éviter que Liège ne se relève exsangue et amputée de ses atouts.

Au menu de la réunion : "Tout ce que nous entendons sur le terrain, les problèmes très concrets et immédiats de liquidités des indépendants à commencer par les loyers". Des problèmes d’ordre juridiques aussi ou propres à certains secteurs et qui ne trouvent pas de réponses dans les aides régionales actuelles, ceux de secteurs indirectement touchés par la crise, "comme les psychologues privés de séance, un gestionnaire de club de danse, les métiers liés à l’événementiel". La liste est interminable.

Une requête ? "Clairement, nous plaidons pour la réouverture de l’Horeca mais malheureusement nous sommes aussi tributaires de la situation sanitaire et nous ne pouvons pas jouer au Don Quichotte".

La pression doit cependant être exercée pour ne laisser personne au bord du chemin doit-on comprendre, d’autant qu’à Liège, la problématique du chantier du tram n’arrange rien pour le commerce. "Nous insisterons vraiment sur l’impact plus particulier que la crise a sur les grandes villes". Et advienne que pourra !

20% de fermetures en plus !

Au sortir de la première vague de la crise, certains chiffres étaient évoqués quant à la situation des commerces et indépendants à Liège… On parlait de 30 % de faillites. Désormais, personne n’ose plus faire de pronostics mais, une certitude, les chiffres actuels sont tronqués par les moratoires sur les faillites et biaisés par des aides ou des suspensions de charges. Une onde de choc attend le secteur.

Pour Jean-Luc Vasseur, président de l’ASBL Le Commerce liégeois, l’avenir est assurément incertain et, d’après les retours pris sur le terrain, “il faut s’attendre à 20 % de fermetures supplémentaires”. Un chiffre qui, il l’avoue, est peut-être optimiste. Précisons : pas 20 % au total donc mais “de plus” que les faillites habituelles. Ce qui inquiète également le président du Commerce Liégeois, c’est l’impact profond que la crise aura sur le secteur. “En effet, un indépendant doit avoir le feu sacré pour mener son entreprise. Le commerçant travaille par passion, sans cela, il ne sait plus avancer. Avec ces perspectives d’endettement, on risque de voir énormément de commerçants jeter l’éponge avant la faillite”.