C’est à un petit bout de femme qu’on doit la découverte de l’étoile la plus chaude de la planète (120.000 degrés en surface) : Yaël Nazé. Et elle n’est pas la seule astronome de talent. Contrairement aux idées reçues, la contribution féminine est importante en astrophysique. Qui détient ainsi le record des découvertes de comètes ? Une femme. Qui a permis de comprendre comment s’organise la population stellaire ? Une femme encore. Yaël Nazé leur restitue leur juste place dans l’ouvrage "L’astronomie au féminin". Car, si cette chercheuse du Groupe Astrophysique des Hautes Energies de l’ULg est spécialisée dans les étoiles massives (des étoiles dont la masse est équivalente à minimum 20 fois celle du soleil), elle est aussi passionnée de vulgarisation.

"Un jour, je suis tombée sur une liste de femmes astronomes", explique la chercheuse FRS-FNRS. "Je ne connaissais que deux noms alors que je suis moi-même une femme, une astronome et que j’adore l’histoire des sciences ! J’ai commencé à creuser le sujet pour moi-même et puis je me suis vite retrouvée avec 200 pages " Cette bataille contre les stéréotypes, elle l’a aussi mené avec le livre "L’astronomie des anciens". Non, il n’y a pas que les Grecs, les chercheurs de la renaissance et des temps modernes qui ont contribué à notre héritage astronomique ! Partout dans le monde, les peuples ont levé les yeux vers le ciel et les Arabes ne se sont pas contentés de restituer telles quelles les réflexions grecques, ils les ont enrichies !

La plume pleine d’humour de Yaël Nazé s’est aussi attaquée à l’histoire du télescope ou aux couleurs de l’univers. Elle multiplie les conférences grand public et est à l’origine de la promenade parmi les planètes au Sart Tilman. "Les scientifiques sont payés par le public et ont un devoir d’information par rapport à lui", soutient la jeune femme. "Selon moi, tout le monde a droit à une culture scientifique. Et il est bien plus facile d’attirer les gens aux "sciences dures" avec l’astronomie qu’avec la physique du solide, par exemple. L’astronomie, la conquête de l’espace fascinent. Après une conférence, les gens ont des étoiles plein les yeux".

On comprend aisément que les participants repartent des conférences de Yaël Nazé en apesanteur. Celle qui est tombée amoureuse des étoiles à 10 ans a le don de partager sa passion. L’art de la vulgarisation. Ces ouvrages ont d’ailleurs été récompensés par de nombreux prix.

Lorsqu’elle parle des étoiles massives, on se plaît donc à imaginer ces reines des galaxies. Ces étoiles plus massives, plus lumineuses et plus chaudes que notre soleil qui ont un droit de vie et de mort sur les autres étoiles. Les étoiles massives sculptent les galaxies. Elles poussent ou érodent la matière. De ce fait, elles peuvent donner naissance aux étoiles ou les empêcher de se former.

Si Yaël Nazé a découvert l’étoile la plus chaude, son équipe du GAPHE a trouvé l’étoile la plus massive, équivalente à 84 masses solaires. Une étoile en couple avec une autre étoile de 83 masses solaires "Ces records constituent des énigmes", signale la jeune docteur en Sciences. "Les théoriciens ne savent pas comment peut se former une étoile de 80 masses solaires alors un couple Ces trouvailles sont intéressantes car elles donnent des contraintes aux recherches". Formées à partir de nuages de gaz, les étoiles restituent leur matière à la fin de leur vie. Une matière dont elles ont modifié la composition en l’enrichissant d’éléments chimiques lourds. "Il a fallu que trois générations d’étoiles naissent et meurent pour que l’oxygène, l’uranium - seule les étoiles massives peuvent créer des éléments très lourds comme celui-là - le carbone soient créés. Il faut donc trois générations d’étoiles pour que nous puissions apparaître. Dans notre chair même, nous sommes poussières d’étoiles". On l’a dit, avec Yaël Nazé, l’astro-physique ne se fait plus hermétique mais fascinante et poétique.

Demain : Bruno Delille, océanographe et glaciologue en Antarctique