Les lampions sont éteints mais le débat reste et restera animé après l’inauguration, mardi soir, du complexe multipolaire de la Médiacité. Les questions soulevées, avec les hypothèses contradictoires émises quant aux effets d’une telle ouverture - attraction bénéfique ou déstructuration pour le petit commerce ? - ne sont pas substantiellement différentes de celles qui accompagnent d’autres colosses controversés. Il n’est que de citer Foruminvest à Verviers ou les fortunes et infortunes diverses des projets waremmien, soumagnard, herstalien Nous y reviendrons dans une prochaine édition.

Pour l’heure, en attendant la réponse du public confirmée par le temps, le cas de la Médiacité appelle un jugement de Salomon. Il faut, certes, être un ronchon incurable pour nier l’ampleur du renouveau apporté à ce qui n’était plus que l’ombre d’un quartier industriel défunt, avec ses sous-sols pollués. Il faut faire partie des bobos urbains autophobes pour déplorer la présence d’un grand parking, car si le site se trouve à portée de transports en commun pour les citadins, ni la ligne 4 ni la future boucle du tram - pour autant qu’elle se réalise - n’y amèneront les habitants de Verlaine ou de Trois-Pont. Qui niera, en outre, la nécessité d’assurer un développement plus équitable des deux rives de la Meuse ? L’enjeu est identique pour la Vesdre à Verviers, même si le Spintay n’a pas le poids géographique et démographique du Longdoz.

En négatif s’impose notamment une carence déjà épinglée à propos de la nouvelle gare des Guillemins, à savoir le retard pris dans l’intégration à l’environnement proche. Les promesses faites en matière d’emploi laissent sceptique l’Union des classes moyennes, entre autres, qui annonce des délocalisations plutôt que des créations. S’y ajoute la grande inconnue des dégâts collatéraux

Au fil des ans, les plans de la société Wilhelm&Co ont pris une tournure toujours plus gourmande. Lentement mais sûrement, la cité des médias envisagée au départ s’est élargie ensuite aux loisirs pour devenir enfin, après avoir avalé la galerie du Long-doz, un concurrent de Belle-Île, des galeries Saint-Lambert et du Cora de Rocourt. Sur les 126 commerces en activité à la Médiacité (pour une capacité de 148), il n’y a que 25 enseignes inédites. Et l’ensemble couvre des registres beaucoup plus moyen et bas de gamme que prévu. Par contre, la RTBF, les cinémas et la patinoire, ces piliers majeurs de la mouture intiale, viendront plus tard ou se tâtent encore.

Mutatis mutandis, c’est aussi à la révision de critères jugés trop contraignants qu’aspire l’Ardennes Outlet Centre, en conflit - à présent devant les tribunaux - avec la Ville de Verviers. N’étant pas arrivé à décoller dans le registre spécifique du magasin d’usine, le groupe Comer veut une extension vers les loisirs mais aussi l’habitat. Et bien sûr, le spectre d’une nouvelle concurrence potentielle, s’ajoutant à celle de Foruminvest, affole le centre-ville.

La multiplication des offres peut pourtant profiter aux consommateurs que nous sommes tous. L’émulation est saine en soi, quand elle pousse chacun à s’améliorer. Encore faut-il que le combat soit à armes égales.