C'est comme si les Fonds Feder européens avaient tout dégoupillé, avaient rendu l'ambition fluviale liégeoise grande et réelle. Le projet du Trilogiport, cette plate-forme multimodale logistique basée à Oupeye, au nord du village d'Hermalle-sous-Argenteau, figure bel et bien dans la liste des "récompensés" par les fonds européens. Et pas qu'un peu !

Si certains ministres se félicitent en effet d'avoir osé tenté "un coup de folie" avec l'expropriation d'Electrabel, c'est l'argent de l'Europe qui aura pleinement assuré l'avenir du port de Liège.

Lors de cette série d'été, nous reviendrons en détail sur les principaux projets liégeois bénéficiant de l'enveloppe des Fonds Feder. Sur les 1,1 milliard d'euros qui étaient à distribuer sur la Wallonie hors-Hainaut, dans le cadre du programme "Compétitivité", Liège se taille la part du lion, "Liège Ville" mais aussi "province" puisqu'il ne faut pas oublier les communes de Seraing, Verviers ou Herstal, fortement récompensées.

Et parmi les projets fédérateurs, commençons par l'un des plus colossaux : le Trilogiport !

22,5 millions d'euros

Un chiffre d'abord pour témoigner de l'envergure du projet prévu sur la plate-forme multimodale : près de 22,5 millions d'euros sont déboursés pour le Trilogiport, destiné à la logistique, entendons la réception, le stockage, la manutention, le transport des marchandises arrivant ou transitant par la voie d'eau. Globalement, le site représente un investissement public d'environ 50 millions d'euros. Car en plus des fonds européens, le plan Marshall a permis une intervention de la Région d'une vingtaine de millions d'euros.

Pourtant, le dossier, qui se présentait si solide et si ambitieux, s'est constitué sur des bases fébriles, rencontrant sur sa route des opposants nombreux aux intérêts variés.

Après les riverains en effet qui auront obtenu après de longs mois voire de longues années de luttes, la création de zones tampons dignes de ce nom, c'est surtout le géant Electrabel qui aura donné du fil à retordre au projet.

Alors qu'en mai 2007 en effet Émile-Louis Bertrand, directeur du port autonome de Liège (Pal), annonçait fièrement, permis en main, le lancement de l'appel à projets pour les concessionnaires (en 3 lots : 15 ha pour le terminal à conteneurs, 41 ha pour les terrains logistiques et 14,7 ha pour les terrains portuaires), le Conseil d'État annonçait 3 mois plus tard que le permis était suspendu en raison du recours introduit par Electrabel, ce dernier ayant jugé que le prix mis sur la table pour l'acquisition de ses terrains n'était pas suffisant.

De longues négociations entre les experts de la Région et ceux de la filiale du groupe Suez auront finalement abouti à un accord : 7,4 millions d'euros pour les terrains en plus de 9 de compensation acquis auparavant par Electrabel. C'était le 12 mars 2008.

Moins de 4 mois plus tard, ce 1er juillet, Willy Demeyer, président du Pal, Michel Daerden, ministre PS en charge de l'Équipement et des Transports et Émile-Louis Bertrand annonçaient les noms des concessionnaires qui se partageront les 3 zones (LLB, Gazette de Liège, 02/07/08).

En termes d'emplois

C'est évidemment la finalité du projet (outre l'image de Liège, l'activité créée et les bénéfices générés), et surtout les emplois qui chiffrent l'apport d'un site pour une région.

En plus des 11 800 emplois directs et des 16 280 indirects des 31 sites du Pal, le Trilogiport devrait générer 2 000 emplois directs supplémentaires, grâce à l'activité de transformation inhérente aux sites logistiques.

Des prévisions que les gérants ont déjà avancées à maintes reprises, comme les arguments qui devraient voir les investisseurs et autres sociétés se présenter en masse. Entendons la position centrale comme port intérieur; à une heure seulement de Bruxelles et d'Aix-la-Chapelle par la route; à 14 h par voie fluviale du port d'Anvers et à 24 h d'Amsterdam; bénéficiant également de la proximité de Liege-Airport comme de la gare TGV de la cité ardente.

Le Trilogiport se présente comme un site ambitieux mais réaliste, une alternative pour la route qui s'asphyxie, un relais du port d'Anvers, un projet d'envergure qui s'inscrit dans le redéploiement économique liégeois.

Demain : les travaux du Trilogiport.