Frédéric Daerden, ministre des Finances… cet homme de gauche au pesant héritage.

On le dit doué avec les chiffres, compétent en toutes circonstances et, aujourd’hui, Frédéric Daerden - Frédo pour les intimes - est devenu ministre en charge des Finances et du Budget. Tout comme Papa… Ses proches le savent aussi, il a un penchant pour "un" bon verre de vin… Comme Papa toujours… Mais lorsque nous avons rencontré Frédéric Daerden, voici quelques jours à la brasserie des Guillemins, c’est un thé noir qu’il a commandé. Régime oblige. Si pour beaucoup, le fils est comme le père, "avec qui j’étais très complice", nous confie-t-il d’ailleurs et avec qui il a marqué l’une des pages les plus surréalistes de la politique belge, résumer le fils en évoquant le père serait, sans conteste, une grave erreur. Car Frédéric n’est pas Michel. Il n’en a ni les excès ni les ennemis. Juste le sourire et l’héritage… parfois lourd à porter.

Au retour d’une réunion au siège de la Fédé liégeoise du PS, où il fait désormais figure de patron, Frédéric Daerden arrive avec un peu de retard. Un des héritages, "signe d’une vision optimiste du temps", nous confie ce collaborateur, celle d’un homme qui planifie sereinement sa journée mais qui aime se poser, échanger plutôt que trancher. Cette attitude d’observateur, elle lui colle à la peau au point de le rendre énigmatique… Est-il passif ou en pleine réflexion ? Voilà ce qu’ont dû se demander ses collaborateurs en assistant, médusés, à ses premières micro-siestes… souvent avant des rendez-vous à enjeux. "Maintenant j’ai compris qu’il s’agit d’une concentration extrême et lorsque cela arrive, je sais que ça va bien se passer."

Le bon élève...

Des choix tranchés, il a pourtant dû en faire en 25 ans. Débarqué à Herstal à l’âge de 27 ans et bien décidé à grimper les échelons, il a d’abord dû mettre de côté sa carrière de réviseur d’entreprises, ce pour quoi il avait étudié si dur, lui, le bon élève, d’ailleurs devenu professeur à HEC, une carrière qu’il aurait pu aussi embrasser tant ses talents de pédagogue sont reconnus.

Mais ce fut la politique… Tour à tour échevin, bourgmestre, député wallon, européen, fédéral… et finalement ministre, il semble avoir mené sa carrière à son rythme, lentement mais sûrement ; un train de sénateur. Cette ascension constante ne doit bien sûr pas éclipser les revers qu’il a dû essuyer. Souvent en interne, comme en 2009 lorsqu’il fut relégué à la 5e place sur la liste européenne. Ou en 2014 lorsqu’il se voyait (déjà) ministre. Mais c’est un "Daerden"… On l’évince… Il accepte.

"Ce n’est pas un fonceur, il n’ira jamais dans la brutalité, la confrontation" , observe un proche. Une faiblesse ? Elle a pourtant fini par payer en ces temps chahutés pour ceux qui ont (trop) joué les durs.

Mais d’abord, ce fut Herstal donc. Pourquoi pas Liège ? "Pour ne pas faire de l’ombre à Willy" , sourit-il… Plus sérieusement, à Herstal, 3e commune de l’arrondissement, des chantiers étaient à mener, ce qu’il a fait avec une équipe fidèle. Il le concède, cette commune fut à bien des égards un laboratoire où d’aucuns ont pu le voir éclore, se développer, lui et ses idées qui ont souvent fait mouche ; comme cette mesure contraignante à l’égard des supermarchés tenus de redistribuer leurs invendus alimentaires aux plus démunis. Ou cette charte antidumping social imposée aux entreprises lors de chantiers publics…

Pour ceux qui en doutent encore, Frédéric Daerden est bien un homme de gauche… "car c’est l’histoire de ma famille, avec un père qui m’a eu jeune, 21 ans, ma mère était au foyer…" Il insiste : "j’ai vécu cela avec simplicité et je prône la collectivité car je suis convaincu que ce n’est pas l’individualisme qui fait progresser la société."

Le consensus

Aujourd’hui encore, il travaille à sa manière, écoute, échange. "Il se nourrit des idées des autres aussi car il cherche à valider les siennes" , poursuit ce collaborateur. Afin d’aboutir au consensus… sans écart a priori. Publifin, Stéphane Moreau ? "Un gâchis personnel et collectif" , dit-il, non sans dissimuler une blessure. Club des 5 ? "Le passé, heureusement."

Ministre, une fin en soi pour Frédéric Daerden ? "Oui et non" , car c’est un poste auquel on aspire "mais ce n’est qu’une étape pour accomplir d’autres choses" . Levé à 5 h30 tous les jours, il file à Bruxelles et enchaîne les rendez-vous, les dossiers, avant de revenir chez lui, en région liégeoise… où il poursuit sa journée, soit politique , "ou en dînant avec mon épouse, mes deux filles"… sa famille, son unique passion en dehors du boulot même s’il avoue ne pas cloisonner vies privée et professionnelle. Aujourd’hui encore il s’avoue timide mais il a réussi à être rassembleur, conciliant… un sage au PS liégeois ? Qui sait ?