Gazette de Liége Une analyse du caractère liégeois par un préfet de l’Empire.

Charles-Emmanuel Micoud d’Umons (Grenoble, 1753-Paris, 1817) fut préfet du département de l’Ourthe de 1806 jusqu’à la fin de l’Empire, en1814. Il ne manquait pas de perspicacité comme on peut le lire dans cet extrait d’un de ses rapports.

"Le caractère des Liégeois du Pays de Liège sauf quelques exceptions qui diffèrent à raison de la variété des habitudes dans les diverses localités, est à peu près le même qu’en France. On n’observe pas ici comme ailleurs ces oppositions tranchantes, cette ligne de démarcation, qui séparent la ville d’avec la campagne […]

"Aucun peuple, avant la réunion (à la France) ne se rapprochait autant des Français. […] On observe même ici avec surprise cette teinte d’exagération que l’on croyait particulière aux habitants des climats méridionaux. Même vivacité, même franchise, jointe à la rudesse, mêmes penchants aux plaisirs et à la gaieté sans légèreté dans l’esprit et dans leurs manières; beaucoup d’intelligence, de pénétration, d’aptitudes aux arts libéraux et industriels, quoiqu’avec [sic] moins d’application et d’activité et par conséquent beaucoup moins d’instruction; même bravoure, même ardeur pour la gloire militaire. Nulle part, le génie et les exploits du héros qui nous gouverne (Napoléon), n’ont excité un enthousiasme plus sincère et plus exalté. Mais ici comme en France, le peuple s’irrite facilement, est inconsidéré dans ses propos, hardi, prompt à fronder et très sujet à varier dans ses affections. Ainsi et peut-être plus que le Français, le Liégeois s’offense du reproche fait avec amertume, repousse l’injure avec impétuosité, la violence par la violence, s’enflamme et s’aigrit par la contradiction […]

"Il faut convenir que s’ils s’y montrent à toutes leurs époques sous l’aspect du courage, chaque page, pour ainsi dire, atteste en même temps leur insubordination et leur légèreté.

"En dernière analyse, les Liégeois sont doux, sensibles et capables d’un grand dévouement, mais un peu jaloux, susceptibles et très irritables. Leurs manières sont unies quoique sans luxe extérieur, ils sont honorables et ils aiment la représentation et la dépense de la part des fonctionnaires."