Ces jours-ci, l’Australie célèbre le quatrième centenaire du premier débarquement d’Européens sur son sol. C’était en octobre 1616, précisément sur l’île la plus occidentale du continent. Elle a été depuis baptisée du nom de son découvreur présumé, le marin hollandais Dirk Hartog, voyageant pour le compte de la Verenigde Oostindische Companie (VOC), la Compagnie des Indes orientales.

Afin de marquer cet anniversaire en présence du Roi des Pays-Bas, le Rijksmuseum d’Amsterdam a prêté la pièce qu’avaient laissée sur place les navigateurs comme preuve de leur passage. Il s’agit d’un plat en étain portant une inscription gravée au couteau. Mais justement, qu’y lit-on ? Ceci, en vieux néerlandais : "En 1616 le 25 octobre est arrivé ici le bateau Eendracht d’Amsterdam. Le marchand chef ( opperkoopman ) Gilles Miebais de Liège, le capitaine (schipper) Dirk Hatichs d’Amsterdam". Hatichs est mieux connu sous le nom de Hartog. Miebais se dit aussi Mibaise. Et on a bien lu : ce dernier venait de la Cité ardente. Véritable maître de l’aventure, il a pourtant, depuis, presque totalement disparu des radars historiens.

Est-il revenu vivant ?

Professeur de l’Université de Liège à la faculté des sciences appliquées (géoressources minérales et imagerie géologique), le professeur Eric Pirard a pris à cœur la cause de ce grand oublié au cours d’une année sabbatique passée en Australie (1). "Je suis allé notamment sur l’île Dirk Hartog, nous dit-il. Il y a là, à Denham, un petit musée qui retrace l’histoire du premier pied posé par des Européens. J’ai été frappé par le fait qu’on ne parle que du deuxième personnage cité sur la plaque retrouvée sur le cap, alors que c’est le premier, le chef marchand qui était le plus important. C’était une sorte de président du conseil d’administration".

A la fin des années ’70, l’archiviste liégeois René Jans avait bien identifié Mibaise, mais sa recherche restée inédite n’avait guère rencontré d’écho. "Pourquoi le nom de Mibaise n’est-il pas à l’honneur ? s’interroge le professeur Pirard. La raison principale pourrait être qu’il n’est pas revenu vivant. On ne trouve plus trace de lui dans les sources après le voyage, alors qu’on en a, dans les archives de la VOC, sur son neveu Jean devenu lui aussi koopman. L’autre raison est peut-être… qu’il n’était pas hollandais". Histoire et chauvinisme font parfois très (trop) bon ménage !

Une famille établie en Féronstrée

Né en 1571 dans la maison familiale située à l’entrée de Féronstrée, Gilles était le fils d’un marchand de vin qui comptait parmi les bourgeois influents de la cité de Liège. Son départ pour les Provinces-Unies pourrait être lié à un durcissement du régime principautaire sous Ferdinand de Bavière. Il ne fut pas le seul de sa fratrie choisir d’autres cieux. Et en tout cas, il fit rapidement son chemin dans les actuels Pays-Bas.

A noter que le titre de premier découvreur européen est parfois disputé à l’équipage de l’Eendracht par celui du Duyflen, arrivé en 1606 sous le commandement de Willem Janszoon, également pour la VOC. "Ils ont décrit la côte mais ils n’ont pas mis pied à terre", assure toutefois notre interlocuteur...Paul Vaute

(1) Les résultats de ses recherches sont en cours de publication sur le site http://stayinliege.be/mibaise_fr.html.