Gazette de Liége Le monument offert par les Belges aux Français, 1923, se trouve à Paris. Chronique Lily Portugaels

Le Centre d’interprétation de la pierre, installé dans l’ancienne et magnifique centrale électrique de Sprimont, abrite une remarquable exposition permanente sur l’histoire et les caractéristiques du "petit granit", une roche sédimentaire calcaire de couleur bleu-gris particulièrement appréciée des sculpteurs. En ce moment, et jusqu’au 25 août, se tient à Sprimont un événement annuel : les "Rencontres internationales de sculptures". Le public peut admirer le travail d’une dizaine d’artistes qui, sous ses yeux, transforment la pierre locale en œuvre d’art.

Cette manifestation est rejointe par l’information d’une lectrice qui nous a envoyé un dossier sur l’inauguration, à Paris, le 14 juillet 1923, d’un monument offert par la population belge à la ville de Paris en souvenir de l’alliance franco-belge lors de la guerre 1914-1918. Un magnifique monument en pierre de Sprimont dû au sculpteur belge Isidore De Rudder et à l’architecte R. Foucart.

Madame Renée Wilmet-De Rudder qui a été présidente de la section de Liège de la Fédération belge des femmes universitaires, fait partie de la branche liégeoise de la famille du sculpteur De Rudder. C’est notre chronique du 22 juillet dernier, sur la remise de la Légion d’honneur à la Ville de Liège qui lui a inspiré de nous contacter pour attirer notre attention sur une sorte de réponse belge à cet hommage de la France à la Belgique. Le monument est le fruit d’une souscription nationale lancée par l’Union des sociétés patriotiques de Belgique.

Un très élégant monument

Le sculpteur a taillé dans la pierre bleue de Sprimont une œuvre très élégante. Deux femmes, figures allégoriques de la France et de la Belgique, l’une coiffée d’un bonnet phrygien, l’autre d’une couronne royale, se tiennent par les mains. Sous leurs bras tendus, deux enfants, évoquant la Flandre et la Wallonie, un garçon et une fille, soutenant le blason de la Belgique, représentent l’avenir dans lequel se perpétuera la gratitude des Belges vis-à-vis de la France. Le monument se trouve, non loin du pont de l’Alma dans un charmant petit square à l’intersection de l’avenue Montaigne et du cours Albert 1er.

L’inauguration du monument fut l’occasion d’une très grande manifestation. Il ne s’agissait cependant pas d’une manifestation nationale officielle, l’initiative revenant à l’Union des sociétés patriotiques. Un monument national en bronze sera officiellement inauguré, en 1924, au Havre. Dans son discours, M. Michel Misoffe, vice-président du Conseil municipal de Paris, déclara notamment : "[…] dégagée du formalisme protocolaire des prudentes subtilités des gouvernements et des diplomates, cette inauguration est une fête populaire".

Deux orphelins de guerre, un garçon wallon et une fille flamande, déposèrent les fleurs devant le monument sur le socle duquel on peut, notamment, lire les mots : "Amis pour toujours".