La couleur a changé mais le coronavirus n’en est pas responsable.

Si vous vous êtes récemment baladé le long de la Meuse, vous avez probablement noté son changement de couleur. Un bleu clair, transparent. De quoi voir le fond du fleuve à certains endroits. Merci le coronavirus ? Eh bien non. La diminution du trafic routier et fluvial n’est pas directement liée à ce soudain changement de coloration qui ferait presque rêver d’une île paradisiaque.

"Ce n’est pas une question de pollution, entame le biologiste du SPW, Adrien Latli. Il y a bien sûr l’épuration des cours d’eau qui joue son rôle grâce aux stations. Mais le facteur principal qui influence la couleur, est l’apparition d’un mollusque exotique envahissant."

Ce macro-invertébré n’est pas apparu par hasard chez nous. "Il a été transporté par l’activité humaine en dehors de sa zone de répartition naturelle, depuis la Chine, et s’est facilement adapté à nos cours d’eau", poursuit le spécialiste, avant d’expliquer son fonctionnement.

"Le mollusque filtre la colonne d’eau et se nourrit de phytoplancton et de zooplancton. En 1987, il y avait entre 5 et 6 individus d’espèces locales par mètre carré. En 2012, le même travail a été fait et nous étions à plus de 700 individus pour une même surface. L’eau de la Meuse est donc abondamment filtrée, ce qui fait qu’elle est beaucoup plus transparente."

Ces changements ont également joué un rôle sur les communautés piscicoles présentes. "Dans les années nonante, on avait beaucoup de gardons et autres cyprins qui se nourrissent essentiellement dans la colonne d’eau. Par après, on a eu de plus en plus d’espèces qui consomment des macro-invertébrés du fond de la rivière."

Le soleil de ces derniers jours a permis de voir clairement le fond de la Meuse à certains endroits. "Cet éclairage du fond de la rivière permet un développement de végétaux qui nourrissent les insectes aquatiques, qui sont à leur tour consommés par les poissons." Ce phénomène n’est pourtant pas nouveau selon le biologiste. "Depuis les années 2010, on voit une eau qui commence à devenir plus transparente. Mais il est difficile de savoir si cela va s’accentuer car les communautés sont très mobiles en Meuse belge, notamment à cause des modifications humaines qu’elle a subie", conclut-il.