Complexité : tel est assurément le terme qui convient le mieux à l’imposant chantier en cours depuis quasi deux ans place du XX août et ayant trait à à la réaffectation du bâtiment de l’Émulation et à son extension en vue d’y accueillir - et ce dès la saison prochaine - le théâtre de la Place. Lequel doit d’ailleurs changer de nom à l’occasion de son déménagement tout proche afin de devenir le théâtre de Liège. En primeur, alors que le chantier avance bon train, il a été donné à la "Gazette" l’occasion de le visiter en compagnie du concepteur de ce projet architectural particulièrement ambitieux, à savoir Pierre Hebbelinck.

C’est en effet à ce dernier que fut confiée dès 2003 la maîtrise d’œuvre de ce projet commandé par la Ville de Liège et rassemblant, outre celle-ci, plusieurs autres intervenants publics (Communauté française, Institut du patrimoine wallon ) ainsi que la Société libre d’Émulation, soit l’ancien hôte des lieux. Le montage financier fut d’ailleurs aux dires de Pierre Hebbelinck la première difficulté de taille qu’a dû rencontrer ce projet. Un projet de grande ampleur - la superficie du futur théâtre de Liège est estimée à 7800 m2 et le budget global avoisine les 16 millions d’euros - rendu nécessaire par la disparition de l’ancien théâtre du Gymnase, durant les années 70, et par la situation relativement précaire que vit depuis lors le théâtre de la Place, sis place de l’Yser en Outremeuse.

C’est donc en 2003 que fut initié le projet de réhabilitation du bâtiment de l’Émulation, lequel n’était pas à l’origine un théâtre. La difficulté, outre le fait que la sauvegarde du patrimoine - le bâtiment ancien conçu par l’architecte Koenig est partiellement classé - figure au cœur du projet, est qu’il s’articule à la fois autour de la réaffectation du bâtiment existant et de son extension. À savoir une construction nouvelle abritant notamment l’impressionnante cage de scène, laquelle constitue sans nul doute l’un des gros morceaux du chantier. Un chantier qui doit être terminé en octobre et dont Pierre Hebbelinck se réjouit de l’avancée. Mais l’architecte liégeois d’épingler ce qui fait à coup sûr l’une des spécificités de ce dernier, à savoir son inscription dans un tissu urbain très bâti.

"Il s’agit d’un ensemble de bâtiments hybride, organique", souligne Pierre Hebbelinck, lequel insiste également sur le respect de l’héritage patrimonial. Ainsi qu’expliqué par ce dernier, les éléments d’unité entre l’ancienne et les nouvelles constructions sont à trouver dans les matériaux utilisés, à savoir le bois, le verre et le béton, dans les couleurs ainsi que dans la volonté de transparence qui parcourt le projet. "L’idée est de faire de cet outil théâtral un bâtiment ouvert, visible", précise Pierre Hebbelinck. Et ce dernier d’évoquer les multiples interventions artistiques - dues à l’artiste liégeois Patrick Corillon - qui émailleront ce futur lieu culturel. Un lieu ouvert sur la ville et véritablement cousu dans le dense tissu urbain...