Ce n’est pas pour rien si l’intérieur du désormais ancien bâtiment du Théâtre royal, en cours de rénovation et siège de l’Opéra royal de Wallonie (ORW), servait d’illustration à notre rétrospective de l’année écoulée à Liège-ville. Intitulée "Le temps du pain noir " (cf. "Gazette" du 2/1), elle faisait en effet le constat que 2011 a marqué dans le chef de la Ville le début d’une période plus délicate, budgétairement parlant. Si c’est le cas pour la Ville, c’est a fortiori aussi le cas pour son Opéra, soit une des institutions culturelles majeures de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce constat est d’autant plus criant en ce qui concerne l’ORW car cela fait des années que sa situation budgétaire n’est pas rose et qu’il doit faire face notamment à une importante dette du passé. La "Gazette" évoquait déjà il y a un an le fait que l’ORW avait du mal à sortir du rouge, compte tenu notamment d’une absence d’efforts suffisants dans le chef des pouvoirs publics.

Fin décembre dernier, c’était au tour des administrateurs libéraux de l’ORW, Philippe Monfils en tête, de dire leur inquiétude quant à sa situation financière. Et de déplorer un manque d’intervention de la Fédération Wallonie-Bruxelles à plusieurs égards: refus de l’indexation annuelle, pas de prise en charge des dépenses liées au déménagement de l’ORW au sein du "Palais Opéra". En effet, l’ORW s’y est installé depuis 2010, date du début du chantier de rénovation du Théâtre royal, et jusqu’à l’automne. Un calendrier qui, soit dit en passant, nous a été confirmé par le bourgmestre de Liège et président du CA de l’ORW, Willy Demeyer, en marge de la présentation à la presse de ses vœux pour 2012.

Inquiets pour l’avenir, ses administrateurs libéraux chiffrent le déficit de l’ORW entre 1 et 1,5 million d’euros. Et ces derniers, ayant accepté de voter un budget courant jusqu’au 31 décembre dernier en attente d’un budget 2012 définitif et équilibré, de craindre un impact sur le personnel. Car ainsi que le rappelle Philippe Monfils, interrogé par nos soins, "le gros problème est constitué par le financement de la masse salariale". Un poste qui représente 80 % de la structure budgétaire de l’ORW. Or, et c’est là que le bât blesse, l’écart entre les coûts liés aux salaires et les subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles n’a cessé de croître. "Avec un budget de 15 millions tel qu’envisagé, on ne peut même pas prendre en charge cette problématique", soupire Philippe Monfils. Pêle-mêle, il fait encore référence à celle des arriérés de la Loterie nationale - "Il faut sortir de la dépendance du financement de la Loterie nationale", plaide-t-il - ainsi que le déménagement forcé de l’ORW au sein du "Palais Opéra". Il faut en effet savoir que cette structure provisoire, achetée par l’ORW à la Fenice de Venise et qu’il compte revendre d’ici à la fin de cette année 2012, lui aura coûté plus de deux millions d’euros.

A cet égard, Willy Demeyer nous signifiait hier qu’il n’y avait aucune raison de nourrir quelque regret que ce soit, au vu du succès rencontré par cette solution, "la seule possible à l’époque". Sur le fond du problème, ce dernier ne nie pas "un souci d’ordre budgétaire". Mais le bourgmestre de Liège tient tout de même à rappeler le fait que l’ORW a présenté des budgets à l’équilibre depuis 2006 et a réussi à stabiliser le mali historique estimé à près de deux millions d’euros. Il se réjouit également, de même d’ailleurs que Philippe Monfils qui estime que "l’Opéra est à un carrefour", du succès rencontré par l’ORW tant à l’international qu’au niveau local. Néanmoins, concernant le budget 2012, il estime que la proposition formulée par la ministre Laanan (cf. ci-contre) est "totalement insuffisante". Enfin, affirmant que "la situation financière de l’ORW est comparable à celle du début de la période noire connue par la Ville", Willy Demeyer se dit à la recherche de solutions et affirme que plusieurs pistes sont possibles. A suivre donc