Il faudrait être un esprit pathologiquement chagrin pour ne pas se réjouir de l’annonce faite lundi soir par ArcelorMittal de son intention de redémarrer le laminoir à chaud de Chertal au mois de novembre. "De futurs développements dans les usines du finishing de Liège ont également été discutés", précise le communiqué de la direction du groupe sidérurgique, citant le revêtement sous vide, de nouveaux revêtements à Eurogal et le revêtement organique des bobines à Ramet.

Obtenue non sans efforts consentis au chapitre de la flexibilité, l’avancée est un signal patent adressé aux clients qui, tels Renault, menacent de prendre le large. Elle rend aussi plus criante la dissonance entre le maintien à l’arrêt des hauts-fourneaux liégeois et les difficultés rencontrées par les sites de Dunkerque, Gand ou Brême pour alimenter le "froid" en coils. Mais ici, il n’y a plus place pour l’optimisme, au contraire... Puisse le prix à payer pour Chertal ne pas être la tête du HF6 ou du HFB ! En face des quelque 150 ouvriers du train herstalien à large bande qui retrouvent leur emploi, sans oublier les bienfaits collatéraux pour un certain nombre de sous-traitants, les scenarii ou les ballons d’essai lancés le mois dernier ont fait état de plusieurs centaines de mises en prépension ou en chômage économique - dans le meilleur des cas - d’ici la fin de l’année.

Pour tirer au mieux son épingle du jeu chez ArcelorMittal, il faut avoir de puissants relais à Luxembourg ou à Londres. Le géant de l’acier est devenu une mégastructure qui reproduit, à son échelle, les tares des bureaucraties socialistes tombées avec le rideau de fer il y a vingt ans. Le principe de subsidiarité est étranger à la culture d’un top management qui se croit trop éclairé pour faire grand cas des rapports de ses intendants locaux. Dans ce contexte, les espoirs qui s’expriment d’un retour au statu quo ante, avec remise en service de tous les outils à Liège, sont à ranger au rayon des chimères. Des redémarrages purement temporaires, comme celui de la ligne de galvanisation 5 à Flémalle, ne doivent pas nous aveugler. Même si la hausse des commandes à l’échelle mondiale se confirmait, il resterait le lourd handicap de nos coûts. La comptabilité d’Arcelor, en cours de délocalisation vers l’Inde et la Pologne, en sait quelque chose...

Le bassin principautaire ne peut donc, en aucun cas, faire l’économie d’une reconversion en profondeur, qui passe par la spécialisation dans des secteurs de pointe, l’accès le plus large à des formations plus qualifiées, la dynamisation culturelle et touristique Du Pays Basque à l’Ecosse, il n’y a pas eu d’autre voie pour sortir de l’ornière les régions de vieille industrialisation.

Mutatis mutandis bien sûr, notre situation aurait pu inspirer le propos célèbre de Churchill dans son discours du 10 novembre 1942, après la difficile victoire des Alliés à El-Alamein : "Attention, ceci n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin mais c’est, peut-être, la fin du commencement". Puisse une identique assurance réaliste nous aider à vivre, et surtout à agir.