Singulier défi que de réaliser une exposition sur la foi ! Il a été relevé avec brio, en Italie, par le concepteur Eugenio Dal Pane et la maison d’édition Itaca. On peut, jusqu’au 16 juin, admirer le résultat de leur travail dans le cloître de la cathédrale de Liège.

Pas de scénographie spectaculaire, certes, mais le développement d’une idée féconde : celle de faire entrer en résonance des œuvres d’art et des textes, toujours de grande qualité, autour de différents thèmes qui sont autant d’incitations à la réflexion et à la méditation. Sans nul doute, la conviction que "le beau est la splendeur du vrai", selon les termes de saint Thomas d’Aquin, a animé les réalisateurs.

L’initiative d’adapter cette présentation pour notre pays est due au mouvement catholique Communion et Libération, avec quelques partenaires. "Paul Bleus et Mauro Zappuli, deux de mes amis, ont découvert cette exposition en Italie et se sont tout de suite dit : faisons-la en Belgique, explique Léonor De Mullewie, qui assure le secrétariat de C&L. En effet, la foi doit sortir de "nos églises" comme on dit et aller dans le monde entier, sinon elle finit par pourrir. C’est comme ça que ça marche, le christianisme". Le résultat, en tout cas, a enchanté Mgr Jousten, à présent administrateur apostolique du diocèse, qui s’est notamment dit en admiration devant la beauté des textes : "Cela montre que la foi chrétienne est belle. Elle rend l’homme plus beau. Il faut s’approcher de ces œuvres. Il y a des beaux textes qui aident à entrer peu à peu dans le beau mystère de notre foi".

Quatre témoignages

A l’occasion du vernissage de l’exposition, samedi, un panel a été organisé, au cours duquel quatre intervenants d’horizons des plus différents ont témoigné de la place qu’occupe la foi dans leur vie.

Ainsi Jacques Galloy, administrateur de sociétés et responsable des jeunes de la communauté de l’Emmanuel en Belgique, a-t-il rendu compte de sa façon d’être chrétien dans le monde économique. "J’essaye d’avoir la foi pour boussole, a-t-il expliqué. L’Evangile du jour est une boussole pour la journée. La doctrine sociale de l’Eglise est un trésor caché de l’Eglise, trop peu connu". Georges De Mullewie, ingénieur et manager dans le secteur de la construction, a relaté comment une parole a atteint "le cœur de mon cœur", alors qu’il vivait dans une insatisfaction permanente, sans trop savoir ce qui lui manquait. "Mais j’ai constaté, a-t-il poursuivi, que pour que cette parole s’intègre à moi, il fallait que je la rende vivante en l’appliquant. Quand je travaille au restaurant des sans-abri avec la communauté Sant’Egidio, cela fait entrer cette parole. Je sens qu’au cœur de leur cœur, il y a la même chose qu’au cœur de mon cœur".

L’abbé Eric de Beukelaer, qui était dans ses murs - il est membre du chapitre de la cathédrale -, a évoqué les étapes, marquées par des rencontres, qui ont conduit d’un affermissement de sa foi à sa vocation sacerdotale (alors, a-t-il confié, qu’au temps de ses études, il rêvait de travailler au FMI !). Habitué au dialogue avec le monde laïque et d’autres convictions, le doyen du centre-ville a insisté sur la nécessité d’aller vers l’autre sans agressivité, en se souvenant que "nous n’avons pas la vérité : elle nous a saisis". Autre remarque : "L’Eglise est fréquemment traitée d’hypocrite par certains. Il y a de l’exagération, mais du vrai aussi. On est témoin de quelque chose de tellement grand qu’on n’est pas toujours à cette hauteur-là". Et d’appeler l’assistance à soutenir le nouvel évêque, même quand il prendra des décisions difficiles, et à entretenir la joie d’être chrétien. "La plus grande tentation du Diviseur, du Malin, c’est le découragement".

Pour terminer, une voix féminine et politique : Anne Delvaux. "C’est la première fois qu’on me demande de parler de ma foi", a indiqué d’emblée la députée européenne (CDH) et ex-journaliste (RTBF). Partant du constat, qu’on peut faire au quotidien, d’un monde toujours plus matérialiste, utilitariste, consumériste, elle a notamment dénoncé ceux qui, pour des raisons idéologiques, confondent foi réfléchie et dogmatisme : "La foi n’est pas le contraire de la raison intellectuelle. La foi n’est pas le contraire du réalisme". Il revient au chrétien de prôner le "vrai progrès" qui passe par le retour aux fondements de la solidarité, du lien familial, des valeurs "La foi se vit dans toute notre vie publique et privée. Pourquoi devrions-nous laisser au porte-manteau ce que nous sommes, ce qui nous fait ?"