Le Théâtre royal de Liège date du royaume des Pays-Bas, comme la Salle académique. Dommage que ce roi Guillaume fût si hollandais et si peu constitutionnel, car il paria sur Liège, bourgeoise et industrielle, terrain de chasse idéal pour une autre de ses créations, la Société Générale. Il céda à John Cockerill le château sérésien des princes-évêques. Il créa une université d’État dans l’ancien collège des jésuites et une maison d’opéra sur un ancien terrain des dominicains. En 1820, la maison blanche néoclassique du "Royal" déploya son rythme d’arcades et sa colonnade de marbre. Neuf ans plus tard, Lyon en reproduisait quasiment la façade d’apparat. La comparaison s’arrêta en 1993 quand l’architecte Jean Nouvel rehaussa l’opéra lyonnais d’un demi-cylindre de verre. Dès 1985, le Liégeois Charles Vandenhove avait déjà coiffé d’un cube la Monnaie de Bruxelles. Il était temps que Liège se mette au diapason, sous peine de déclasser les productions et le public de l’Opéra royal de Wallonie. On ne compte plus en Europe les théâtres à l’italienne qui portent ainsi sur leur dos cette excroissance nécessaire à la modernité des techniques de scène. Le 27 avril, jour du lancement des travaux, est peut-être la date symbolique du mois dernier en matière de redéploiement. Remercions l’Europe qui couvre près de la moitié de la facture de 27 millions d’euros. Et la Région wallonne qui en allonge près de 13. Saluons l’effort de la Ville (3), vu ses finances délicates. Mais n’est-ce pas une addition colossale pour quelques aficionados du bel canto ? Non. L’ORW est aussi une entreprise de 500 équivalents temps plein. Il constitue en outre notre principal pôle d’attraction pour nos voisins de l’Euregio, dépourvus de centre lyrique. Et pour ceux qui se contenteront de passer devant le Royal, quelle image positive ! Un grand club de foot et une belle maison d’opéra : si les villes dy- namiques vantent conjointement ces deux atouts, c’est que la "com" fonctionne. Ceci dit, malgré le talent de Nouvel, l’Opéra de Lyon ploie sous sa verrière hémisphérique. En sera-t-il de même devant la statue de Grétry ? Pas sûr, si l’on en croit les images virtuelles des auteurs de projet. L’idée simple, donc bonne, c’est le retour au blanc néoclassique. À vos pinceaux sur l’ensemble du bâtiment, à l’exception du nouveau cube faîtier : lui, on va le flouter d’un filet cuivré intégral, une résille rousse en harmonie avec nos ciels gris. De l’Opéra rénové au modernisme des cinémas Sauvenière et à l’Art déco des Bains éponymes investis par Mnema, éclairante promenade d’architecture. Une métropole se construit aussi comme cela.