C'est une triste enquête qui vient de s'achever dans le bassin liégeois. Et comme dans tout mauvais film, il y a un seul coupable, celui pressenti.

Vendredi dernier, rappelons-nous, le ministre wallon de l'Environnement Benoît Lutgen interdisait toute pêche dans les eaux de la Meuse, de Seraing jusqu'à la frontière hollandaise. Aux Pays-Bas, même directive, jusqu'à la mer. Seuls les Fourons (Flandre) n'avaient pas été prévenus. C'est Huub Broers, le bourgmestre lui-même qui a parcouru les quelques centaines de mètres de berges pour prévenir les pêcheurs : la Meuse est polluée.

Trois jours plutôt, la société Chimac-Agriphar située à Ougrée et spécialisée dans les produits de protections des plantes avait déversé 80 kg d'insecticides dans la Meuse. "Un dysfonctionnement dans la station d'épuration" , avait annoncé la société. Peu après l'incident, plusieurs milliers de poissons étaient retrouvés morts dans les eaux mosanes. Jusqu'à hier, rien n'avait cependant pu prouver la corrélation entre le rejet des produits et la mort des poissons. Chimac-Agriphar réclamait dès lors une enquête, espérant la mise à jour d'une autre cause. Ils ont eu tort.

Pollueur payeur !

L'enquête fut brève mais claire. Hier matin, Marc Gilliquet, directeur de la Division de la police de l'environnement de Liège (DPE) a fait parvenir son rapport au ministre Lutgen : Chimac est l'unique responsable. Dans la foulée, le ministre a reçu la direction de l'entreprise. Résultat : la société s'est engagée à réparer tous les dommages causés.

Rappelons au passage que la société est loin de faire l'unanimité dans la région. Classée Seveso depuis 1994, elle n'en est pas à sa première alerte, la dernière importante remontant à 2005, lorsqu'un incendie avait amener le gouverneur à déclarer le plan d'urgence et à faire évacuer tout le quartier alentour. Autre élément jouant en défaveur de l'entreprise, si elle a constaté le rejet des produits mardi dernier, elle n'a prévenu les services de l'Environnement que jeudi. D'aucuns jugeront ce délai relativement long. Le ministre a d'ailleurs estimé "inadmissible d'avoir pris entre 24 et 48 heures pour avertir la Région wallonne et le bourgmestre de Seraing" . D'autres engagements ont donc été exigés, tels qu'un contrôle en continu des rejets des eaux, surveillé par la DPE, la désignation d'un unique responsable environnemental au sein de l'entreprise ou encore un audit global des appareils qui contrôlent le bon fonctionnement des rejets des eaux.