Gazette de Liége

Il existe un petit quartier coincé entre Cointe et le Laveu. Un quartier aux rues pavées torturées et épuisées par le passage des résidents. Encerclant un ancien charbonnage reconquis par une nature sauvage, le "boutelicou" a su garder une âme de village tant chérie par Jacques Tati dans "Mon Oncle". Mais comme dans l'oeuvre du cinéaste, la modernisation, célébrée par certains, peut devenir étouffante pour d'autres.

Privés de soleil

En janvier 2008, une demande de permis d'urbanisme était introduite pour ériger un immeuble de 24 appartements sur les lieux d'un terrain délaissé, anciens garages accumulant débris, vieux matelas, rongeurs et visiteurs nocturnes en tous genres. Refusé par la Maison de l'urbanisme, le projet a alors été revu à la baisse, proposant 22 appartements. Mais il ne change pas énormément par rapport au précédent.

Les riverains manifestent leur mécontentement depuis le début. "Nous sommes conscients du phénomène de retour vers la ville e t des projets de construction qui fleurissent un peu partout à Liège. Et nous ne sommes pas contre de nouvelles constructions dans notre quartier. De plus, il fallait faire quelque chose pour ce chancre complètement laissé à l'abandon. Nous avons plusieurs fois demandé au propriétaire de l'assainir. On voulait même bien l'acheter, jusqu'à ce qu'on apprenne la vente à un investisseur bruxellois", explique Renaud Erpicum. "Oui, mais..."

Le quartier est déjà engorgé par les voitures. Aussi bien en terme de trafic que de parking. Il y a aussi la crainte que l'architecture du bâtiment ne soit pas en harmonie avec le reste du quartier. Et enfin, la hauteur de l'immeuble entraîne une baisse de luminosité pour les jardins avoisinants. Mais également une possible atteinte à la vie privée et une baisse d'ensoleillement.

Un dialogue de sourds

Au détour d'un Conseil communal, Michel Firket, échevin CDH de l'Urbanisme, nuance : "Nous n'avons pas encore traité le dossier. Mais a notre avis, les investisseurs n'ont pas encore diminué assez. Quant à l'engorgement des rues, le projet compte 24 garages en sous-sol. L'unique problème est la hauteur du bâtiment." Ce à quoi les riverains répondent que beaucoup de familles disposent de deux voitures. Le problème n'est donc pas résolu.

"Une autre question, tempête M Erpicum. La deuxième demande de permis a été réalisée fin juin quand beaucoup de gens partent en vacances. Une enquête publique a été lancée en juillet. Dans ce genre de procédures, nous avons deux semaines pour déposer nos revendications. Après quoi elles ne sont plus prises en compte. Ajoutons aux vacances estivales le fait que nous avons été au courant de l'enquête une semaine après son commencement. Il ne restait plus qu'une semaine pour expliquer en quoi nous ne voulions pas de ce projet. Autrement dit, nous avons l'impression - peut-être non fondée - d'avoir été mis à l'écart."

Etonnant : en sept mois de guerre, aucune des deux parties n'a pris l'initiative de rencontrer l'autre et de discuter du projet.

P.L. (St)