Eupen La Belgique de l’Est va se donner une monnaie régionale de proximité.

Voulez-vous payer en euros ou en belgos ?" Peut-être les commerçants vous poseront-ils bientôt cette question au moment de régler vos achats ou consommations dans les établissements de Belgorient.

Euh… Belgorient ? Ce serait le nom en plus exotique de la marque Ostbelgien qui couvre, à l’est du pays, le territoire des 9 communes germanophones et de 9 autres où l’on parle le français. Aux unes et aux autres, le gouvernement de la Communauté germanophone, qui jongle avec cette marque censée être plus explicite et plus large que DG (Deutschsprachige Gemeinschaft, en allemand), propose l’instauration commune d’un chèque régional échangeable à tout le moins dans les secteurs coronasinistrés de l’Horeca et du tourisme.

La Ville d’Eupen donne le ton : elle projette d’émettre ce type de chèques qui auraient une valeur supérieure à leur prix d’acquisition par le consommateur ; elle financera donc la différence en guise de coup de pouce au pouvoir d’achat et à l’économie locale. Le gouvernement germanophone veut propulser le modèle dans tout l’Est belge et y instaurer carrément une monnaie régionale.

Ne disposant même pas du droit fiscal, il n’en a certes pas la compétence, pas plus qu’il ne peut verser des dédommagements à l’Horeca ; c’est pourquoi il invite "ses" 9 communes germanophones mais aussi 9 communes limitrophes francophones à se lancer, coordonnées par lui, dans l’aventure de la monnaie commune. Elle se cherche encore un nom. Une idée serait de la baptiser BelgO, avec un grand O comme dans Ostbelgien ou dans BelgOrient.

Un pays géographique

En caricaturant à peine, on voit une région qui, institutionnellement parlant, n’en est pas une ou un pays géographique se doter d’une monnaie locale complémentaire à l’euro. Y voir une future 4e Région bilingue dans une Belgique devenant confédéraliste serait passablement loufoque. Presque personne, dans les communes francophones concernées, n’ose se désolidariser de la Wallonie qui, dans de tels scénarios, se verrait amputée de 10 % de son territoire actuel. Et pour les germanophones, l’autonomie culturelle durement acquise et qui consacre surtout leur intégrité linguistique n’est pas soluble dans une entité régionale bilingue.

Et pourtant. Et pourtant, l’élargissement constant des compétences dément progressivement la vocation constitutive des institutions germanophones. La compétence du logement par exemple dont elles viennent d’hériter - un legs de la Wallonie et non de l’État fédéral -, qu’a-t-elle encore à voir avec l’autonomie culturelle fondatrice ?

Les compétences territoriales ont tendance à faire éclater les frontières linguistiques des célèbres articles 107 quater et 59 bis de la Constitution de 1970. Un problème auquel ont été et sont confrontées les deux autres communautés linguistiques du pays, que la Flandre a résolu par la fusion de deux exécutifs et qui est toujours latent pour les institutions franco-wallonnes.

Pierre Schoffers