Gazette de Liége

Il s'agit d'un projet qui a déjà beaucoup fait parler de lui. Et le temps qui passe n'est pas de nature à calmer les inquiétudes des riverains de la rue des Hotteuses à Glain. C'est en effet dans cette rue, située à deux pas de la clinique de l'Espérance, que devrait s'installer la toute nouvelle mosquée de la Fondation religieuse islamique turque dont les dimensions sont pour le moins imposantes. On parle en effet d'une superficie de 1800 m2 au sol sur deux étages, d'une coupole de 18 mètres de haut et de deux minarets hauts de 30 mètres.

Dès le dépôt fin juin de l'avis d'urbanisme en face du terrain devant accueillir le projet, les riverains s'en sont inquiétés et le comité de quartier s'est fait entendre. "On a tout d'abord déploré le fait que l'avis d'urbanisme ait été apposé puis enlevé au moment où beaucoup de gens étaient déjà en congé", lance son secrétaire Hugues Appels. La procédure d'enquête publique a donné lieu à une trentaine de réclamations officielles de la part des riverains qui ont ensuite pu rencontrer l'échevin CDH de l'Urbanisme Michel Firket, lequel s'est alors dit surpris par l'ampleur du projet.

Interpellation au Conseil

Car c'est bien cela qui pose surtout question et qui fait essentiellement débat parmi les intervenants de ce dossier qui a fait l'objet d'une interpellation lors du Conseil communal de rentrée de lundi dernier. Celle-ci fut l'oeuvre du conseiller communal MR Michel Péters, habitant lui-même le quartier de Glain. "Je ne suis absolument pas contre ce projet, mais pas tel qu'il est présenté. Il est clairement disproportionné et n'est pas du tout adapté au quartier. Faut-il s'enfermer dans le formalisme architectural du style ottoman ?".

Cette idée de démesure est partagée par le comité de quartier, qui évoque également les "problèmes de mobilité inhérents à l'installation d'un tel édifice". Sa présidente Myriam Grandjean, qui est par ailleurs membre de la Commission communale de l'Aménagement du Territoire et de la Mobilité, précise qu'"alors que la communauté turque locale se compose de 300 à 400 fidèles, ce projet risque de drainer beaucoup de gens dans le quartier".

"Rôle de catalyseur"

Du côté de la communauté turque et des responsables du projet, on le justifie par l'étroitesse du bâtiment actuel, situé rue des Bons Buveurs à Saint-Nicolas, et on précise que la fréquentation actuelle ne devrait pas augmenter. "Le projet initial, qui date de 2004, a déjà été modifié, tenant ainsi compte des remarques de la Ville et de la Région", précise Hasan Malkoç, chef de projet immobilier. Ce dernier s'étonne des nombreuses réactions que suscite le projet ainsi que du "certain immobilisme de la Ville qui est peut-être dû au rôle de catalyseur joué par ce projet".

Car, outre ce projet "turc", un autre projet est en effet en train de se dessiner au sein de ce quartier. Il s'agirait cette fois de l'installation d'une mosquée maghrébine qui serait édifiée rue Emile Vandervelde, sur un terrain acheté par les responsables de l'actuelle mosquée, située non loin de là. Myriam Grandjean s'étonne à son tour de l'intérêt soudain des promoteurs pour "un quartier longtemps laissé pour compte qui est subitement devenu attractif" et s'inquiète du sort qui va lui être réservé.