Avec une renommée internationale bien installée, un taux de fréquentation de 93 pc, un public fidèle et en voie de rajeunissement, l'Opéra Royal de Wallonie est une institution phare de la ville de Liège. Le Théâtre Royal qui l'abrite, lui, ne se porte pas si bien. Outrages du temps, rénovations et transformations successives - parfois sauvages ou tenant du bricolage -, classement tardif (en 2000), non adaptation à l'évolution des normes et techniques de l'opéra. Un solide lifting s'imposait. L'aide du Fonds européen de développement régional (Feder) permet de le concrétiser. Coût des travaux : 27 millions d'euros (lire ci-contre). La rénovation est portée par la Ville, maître de l'ouvrage; les auteurs de projets étant (en société momentanée) les bureaux A2RC, Architectes associés, TGI, et Origin.

Stefano Mazzonis, directeur de l'ORW depuis un an à peine, et qui en connaît un rayon sur l'opéra et les salles à l'italienne, applaudit le projet, à ses yeux "fantastique, simple et efficace, beau et novateur". "C'est l'une des plus belles salles d'Europe, mais qui a subi des aménagements pas très heureux au fil du temps, souvent guidés par la moindre dépense (comme c'est le cas pour beaucoup de vieux théâtres), qui comporte des éléments abominables datant des années 50 et 70. On voyait qu'il fallait le rénover. Et, j'en suis encore étonné, la rénovation aura bel et bien lieu, et sera de taille. Les différents acteurs ont été efficaces", se réjouit-il.

Cette rénovation allie restauration de l'ancien et ajout d'éléments contemporains. Globalement, le théâtre, construit en 1820 et remanié en 1860, retrouvera son aspect initial, néo-classique, tout en respectant et ravivant des décors plus récents, comme la toile (1904) d'Emile Berchmans ornant la coupole, abîmée par l'infiltration d'eau, et d'autres peintures ornant les balcons, dissimulées sous une couche de crasse. Les stucs, jadis vulgairement repeints à la bombe, seront également nettoyés, restaurés et redorés à la feuille d'or. Le résultat pourrait s'avérer assez spectaculaire, d'autant que les horribles gaines de climatisation courant le long de balcons disparaîtront, au profit d'un système de ventilation par le sol, invisible quant à lui. En retrouvant son plancher et des sièges moins capitonnés (seul le dossier devrait être en bois, que l'on se rassure...), la salle gagnera en qualité acoustique. Après tout, raconte Stefano Mazzonis, "Au XVIIIe, le public restait debout, les "parterres" n'existaient pas hormi peut-être quelques bancs, il n'y avait pas de moquette, bref très peu de tissu, donc moins d'absorption du son".

Le foyer, lui, verra disparaître les bars ovales et autre mobilier de style années 70, tandis que ses décors anciens seront reconstitués, dont le plafond mouluré.

Un volume simple

L'intervention contemporaine la plus visible, quoique voulue "la plus discrète possible et dans un esprit de rigueur rappelant celui de l'architecture néo-classique", souligne l'architecte Yves Jacques, est l'extension qui sera érigée sur le toit de l'opéra. Un volume simple à structure en acier, entouré d'un claustra en résille métallique de couleur cuivrée, choisie pour s'harmoniser avec les décors de la façade (colonnes en marbre rouge...); laquelle retrouvera par ailleurs son éclat initial. L'extension permet de rencontrer deux nécessités : la création d'une salle de répétition - qui servira aussi de salle de réception -, et le rehaussement (de 4 m) de la cage de scène, indispensable vu l'évolution, ces dernières décennies, des décors (immenses) et techniques d'opéra. Quelques sculptures contemporaines compléteront le haut de la façade, là où l'architecte Duckers aurait voulu en placer au XIXe. Un appel aux artistes pourrait être lancé.

L'espace d'accueil sera réorganisé et agrandi, et, dans un souci d'économie d'énergie, le bâtiment sera dûment isolé et équipé, entre autres, de panneaux photovoltaïques. De quoi mettre l'Opéra en phase avec son siècle, sans renier celui qui l'a vu naître.

Mardi : l'axe Guillemins-Boverie à Liège.