Le président de l’ASBL "Les Sans-Logis" de Liège, Manuel-Luis Lopez, ne savait plus à quel saint se vouer lorsqu’un audit énergétique avait révélé que 36 à 38 % de l’énergie consommée dans la maison de la rue Saint-Laurent s’échappaient par murs et fenêtres. Par ailleurs, la vétusté des bâtiments (des anciens hôtels de maître) nécessitait d’urgentes mesures de restauration que le budget de l’ASBL était loin de pouvoir envisager. C’est alors que lui parvint la nouvelle que des donateurs anonymes avaient réuni trois millions d’euros pour abattre les anciennes bâtisses et reconstruire un nouveau bâtiment. Charles Vandenhove en serait l’architecte. À Liège, Charles Vandenhove, c’est le CHU, la cour Saint-Antoine, le Balloir, l’hôtel Torrentius; à Bruxelles, l’Opéra royal de la Monnaie; à Paris, le théâtre des Abbesses, etc...

Des contacts sont pris, une maquette est réalisée, l’enquête publique est achevée depuis le 19 novembre dernier et le permis d’urbanisme est attendu en janvier. Les travaux pourraient donc commencer au printemps. Pendant les deux années de leur durée, l’ASBL devra trouver des logements provisoires (couvents, écoles ).

Le comité de quartier de Saint-Laurent, quant à lui, s’est ému devant ce projet et a lancé une pétition pour marquer son opposition. Il y est dit que le nombre de lits allait doubler, sinon tripler. Or, le nouveau projet ne prévoit que 64 lits, ce qui est exactement le nombre de lits existants depuis trois ans. Le volume de la nouvelle construction ne sera pas supérieur à celui occupé actuellement par les anciens bâtiments, pas plus que ne le sera celui du pavillon qui remplacera la maison qui existe au milieu du jardin. Les "Sans-Logis" de Liège sont implantés à cet endroit depuis 1955. Les riverains qui se sont installés ces dernières années à cet endroit connaissaient donc parfaitement ce que serait leur voisinage. Quant à parler de "parkings sauvages", on n’imagine pas que les personnes qui viennent s’abriter chez les "Sans-Logis" représentent un parc automobile important. Par contre, l’ASBL ouvre son parking à certains voisins.

Quant à la conception architecturale de l’ensemble, on a fait au plus fonctionnel, comme en témoigne la photo de la maquette. En façade, deux étages avec balcon. À l’arrière, quatre structures, sans étages, qui accueilleront une salle à manger, une salle de lecture, une salle pour les éducateurs et la cafétéria sociale gérée par l’ASBL "Amon nos Hôtes". Dans le jardin de la rue Saint-Laurent, un pavillon abritera l’ASBL "Habitat service" qui héberge couples et familles.

L’ASBL "Les Sans-Logis" de Liège propose, 7 jours sur 7 et 24 h sur 24, un hébergement à toute personne en détresse. Une aide sociale est aussi proposée, qui vise à la résolution des problèmes et l’accès à l’autonomie. Pour faire fonctionner les différents secteurs, l’ASBL emploie 36 salariés et une dizaine de bénévoles. Annuellement l’ASBL offre plus de 33000 nuitées aux sans-abri. Il n’est pas facile pour quelqu’un qui possède un endroit qui consiste en son "chez soi" de comprendre la détresse, l’angoisse de ne pas savoir où on va pouvoir dormir, où on va pouvoir se réfugier, se réchauffer. Offrir un hébergement à des personnes nouvellement sans abri ou afin d’éviter qu’elles le deviennent, ou à ceux qui sont devenus des sans-abri "au long cours" est d’une importance capitale. C’est ce que fait l’ASBL "Les Sans-Logis" en ayant conscience que, comme l’écrit Lionel Thelen : "Il faut bien plus longtemps pour reconstruire un homme que pour l’abattre".

"L’exil de soi. Sans-abri d’ici et d’ailleurs", Lionel Thelen, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis.

Rens. : www.sans-logis.be, tél. : 04.221.30.27. Pour aider l’ASBL : compte 000-0052257-71 ou 240-0617000-84, "Sans-Logis" Liège.