Les murs du palais portent toujours les traces du passé. Du passé lointain, comme ce demi-fronton abandonné dans un coin de la seconde cour. Du passé plus récent aussi, celui de la Deuxième Guerre mondiale, par exemple. Témoignage le plus poignant, celui de la plaque commémorative posée à proximité de l’îlot Tivoli. Elle rappelle le sacrifice suprême d’un policier liégeois arrêté par la Gestapo. Plutôt que de parler sous la torture et donner les membres de son réseau, il a préféré se suicider en se jetant dans le vide.

D’autres traces sont visibles dans la pierre des fenêtres des étages : pour éviter que d’autres résistants se jettent eux aussi dans le vide, toutes les fenêtres avaient été munies d’une grille en métal. Les grilles ont disparu, mais les traces de rouille sont toujours présentes. Relatives à la même sombre période, des traces de balle sont toujours visibles dans les murs de certains bureaux. C’est un ancien officier de la Kommandantur qui, pour se défouler, faisait du tir à la cible dans son bureau.

Dans les salles d’audience du tribunal correctionnel, l’observateur attentif peut découvrir de curieuses traces noires et allongées dans le bois du mobilier. Là, il s’agit des cigarettes, abandonnées à la va-vite, par les avocats appelés à plaider

Autres traces, mais qui ne sont plus au palais : toutes les colonnes de la première cour ont été remplacées, dans les années’70, par des colonnes à l’identique. "Une véritable saga qui a duré plusieurs années, se rappelle un greffier. Il semblerait que l’entrepreneur mettait du temps à être payé. Conséquence : il ne changeait une colonne que lorsque la précédente était payée. C’est la raison pour laquelle on a vu une grue traîner dans la cour pendant plusieurs années " Les anciennes colonnes existent toujours. Elles ont été déposées dans les dépendances de l’ancien hôpital militaire, à Saint-Laurent.

Enfin, impossible d’oublier ces traces de pollution qui enlaidissent toutes les façades du palais. Et pourtant, il a été entièrement sablé pour le millénaire de la principauté. C’était en 1980, il y a trente ans à peine.