Chronique

La tragique explosion de la rue Léopold a remis de triste actualité le très ancien quartier de la Madeleine. À l’origine, ce quartier était traversé par la Légia. Dès que, au VIIe et VIIIe siècle, les pèlerins affluent à Liège pour prier Saint-Lambert, c’est dans ce quartier qu’ils dorment et se restaurent. Déjà à cette époque, on y trouve, le long de la Légia, des auberges et des tavernes. Théodore Gobert, chroniqueur du XXe siècle, affirme, preuves à l’appui, que la paroisse de la Madeleine a été créée au XIIe siècle.

L’église dédiée à Marie-Madeleine, était entourée d’un cimetière. Le quartier de la Madeleine a toujours été un des plus prisés de Liège. S’il y avait des venelles, des impasses malsaines et mal famées, c’est là aussi que s’étaient établies des grandes familles liégeoises comme les de Flémalle, les Lardier, les Chinstrée, les de Bierset, les de Saint-Laurent, etc.

En juin 1663, le sanctuaire s’effondre. La reconstruction est achevée en 1670. En 1691, l’église qui n’avait qu’une nef, est fortement endommagée par les bombardements commandés du haut de la Chartreuse, par le maréchal français de Boufflers. À la Révolution, l’église sert de local pour réunions électorales et le cimetière devient un abattoir.

Avec la réorganisation des paroisses qui suit le concordat de 1801, l’église de la Madeleine devient propriété de la paroisse Saint-Denis. En 1805, les petits autels, la chaire de vérité et quatre statues de saints sont enlevés de l’église qui avait été désacralisée, et sont transportés dans l’église de Fouron-le-Comte.

Après avoir servi de magasin, l’ancienne église est transformée en école par les religieuses de Notre-Dame, qui y demeurent à partir de 1838 jusqu’à ce que, en 1858, un incendie ravage complètement l’ancien sanctuaire.

Déjà en 1828, les habitants de la Madeleine avaient demandé la démolition de l’ancienne église pour désengorger le quartier aux ruelles étroites qui ne permettaient pas le charriage. L’épidémie de choléra en 1849 ramène l’attention sur ce quartier devenu particulièrement insalubre. En 1858, l’incendie permet au Conseil communal de démolir ce qui restait de l’ancienne église de la Madeleine et d’aménager une place sur le site. Ce qui est fait en 1860.

Bientôt, avec la création de la rue Léopold (cf. "Gazette" du 1/02) tout le quartier va être complètement transformé en améliorant notablement sa situation sanitaire. En 1876, la largeur de la rue de la Madeleine est portée à 8 mètres et ces travaux changent considérablement l’aspect des maisons. Les vieilles demeures insalubres, les auberges, comme celle de la Haille (ardoise) ou les brassines (brasseries-tavernes), celle de La Femme sauvage, où se trouvaient des salles de bain (étuves) réservées aux femmes, la brassine des Trois Harengs, la maison de la Pucelle de France et sa voisine, la brassine de la Fontaine de jeunesse, font place à de hautes maisons de commerce.

Aujourd’hui, un douloureux chapitre vient s’ajouter à l’histoire de l’ancien quartier de la Madeleine qui doit encore panser ses dernières plaies.