Le gouvernement fait le choix des grandes surfaces. C’est le triomphe de l’argent sur l’homme. La voie est ouverte pour une explosion anarchique des hypermarchés". Voici, en substance, ce qu’annonçait, non sans un certain catastrophisme, l’Union des classes moyennes (UCM) dans son magazine "Union et actions" daté du 20 août 2004. Une semaine auparavant, les partis de la majorité socialiste-libérale alors au pouvoir votaient un texte relatif à l’implantation des grandes surfaces. Une loi, dite "loi Ikea" en référence au lobby exercé par le groupe suédois, destinée à remplacer l’ancienne loi de 1975, dénommée "loi-cadenas", qui régissait jusqu’alors le paysage de la distribution sur le territoire belge. Une loi qui a apporté d’importants changements à la procédure en vigueur jusque-là, rendant plus simple et plus transparent l’octroi du permis socio-économique mais risquant, aux dires de l’UCM, de faciliter - trop - grandement l’implantation de grandes surfaces dans notre pays (en 2005, la Belgique comptait, au niveau européen et après l’Autriche, le plus de surfaces commerciales par habitant).

Au cours de l’année 2007, faisant un premier bilan de cette nouvelle législation, laquelle a transféré le pouvoir de décision vers les villes et communes, l’UCM constatait que quelque 550 dossiers avaient été introduits, dont plus de 500 avaient obtenu une autorisation. Plus touchée que la Flandre, la Wallonie avait ainsi vu arriver près de 370000 m2 supplémentaires de surfaces commerciales depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2004. Depuis lors, on peut constater que la tendance n’est pas prête de s’inverser, que du contraire, compromettant ainsi que le craignait l’UCM "le nécessaire équilibre entre la liberté d’entreprendre des promoteurs d’une part et la régulation économique dans le souci de l’intérêt général d’autre part".

La province de Liège n’est pas en reste et les projets d’implantations commerciales se sont multipliés ces dernières années, ce qui n’a pas manqué de susciter des remous importants. Parmi les projets aboutis, on peut ainsi citer, pêle-mêle, celui du centre commercial dit de l’"Orchidée Plaza" en périphérie de Hannut, le complexe Bulena qui vient d’être inauguré à Ben-Ahin, près de Huy, ainsi que le cas de l’Ardennes Outlet Centre de Verviers. Un dossier qui n’arrête pas de faire parler de lui puisque la volonté du promoteur est d’étendre son complexe, lequel ne bénéficie pas de la fréquentation attendue. Une extension à laquelle l’UCM de la province de Liège est opposée, comme elle s’oppose fermement au projet jugé démesuré d’installation d’un méga centre commercial de plus de 20000 m2 dans l’entité de Soumagne. Un projet qui a lui aussi déjà fait couler beaucoup d’encre et qui est loin, c’est le moins que l’on puisse écrire, de faire l’unanimité.

À Liège-Ville, un des évènements de l’année vient d’être constitué par l’inauguration de la Médiacité, cette énorme galerie commerciale rassemblant près de 42500 m2 d’enseignes. Du point de vue de l’UCM, l’ouverture de ce nouveau complexe s’apparente à une occasion manquée. "Ce complexe n’est pas vraiment différent que ce que l’on connaît ailleurs", regrette Valérie Saretto, la secrétaire générale de l’UCM Liège, pour qui "il n’y a pas assez de diversité dans l’offre commerciale proposée en région liégeoise". Selon cette dernière, plaidant au passage pour une révision de la "loi Ikea" et un cadastre des implantations commerciales, "il faut une vision globale et à long terme qui n’existe pas encore actuellement".

Et Valérie Saretto de faire appel au politique et à la Conférence des bourgmestres de l’agglomération liégeoise, afin de prendre à bras-le-corps cette délicate problématique et d’"assurer la diversité de l’offre commerciale". Contacté par nos soins, le vice-président de cet organe supracommunal, le libéral Daniel Bacquelaine, reconnaît le rôle régulateur que doit jouer le politique en la matière et assure que "cette question complexe, qui doit impérativement être discutée au niveau provincial, est une de nos préoccupations majeures et nous collaborons pour ce faire avec le service d’étude en géographie économique de l’ULg".