Gazette de Liége

Visage grave et trémolo dans la voix, Alexandra Paparelli, administratice-déléguée de l’ASBL Geces et responsable du projet d’Eros Center, a annoncé à regret ce vendredi matin, l’abandon dudit projet. Huit ans à la poubelle… Revirement à 360° dans un dossier où la Ville marchait sur des œufs depuis le début de la procédure. Les autorités avaient toujours résisté jusque-là aux menaces et aux pressions du conseil francophone des femmes de Belgique. Mais, aujourd’hui, une plainte contre X déposée en main d’un juge d’instruction liégeois, plainte émanant du CFFB, qui a mis ses menaces à exécution après avoir été débouté par le Conseil d’État, a finalement rebattu toutes les cartes.

Une plainte pour "tenue de maison de débauche très probablement", avance Alexandra Paparelli qui souhaite éviter qu’un administrateur de l’ASBL ne soit rattrapé par la justice suite à cette plainte déposée par le conseil francophone des femmes de Belgique…

Dès lors les autorités sérésiennes ont décidé de jeter le gant. Pour encadrer la prostitution sur le territoire, prostitution grandissante il y a 10 ans, il faudra repasser. "Et c’est malheureux pour ceux qui se sont investis dans ce dossier et qui y croyaient. Les travailleuses du sexe, assez frileuses au départ, ont été convaincues. 50 des 160 étaient en tout cas partantes et cinquante autres toujours en réflexion", admet Alexandra Paparelli.

Aujourd’hui, il faut repartir d’une page blanche et attendre des jours meilleurs. "Une chose est certaine, l’ASBL va être dissoute mais il n’est pas exclu que le dossier ressorte des tiroirs tel quel si une avancée législative est constatée dans le futur", ajoute l’administratrice-déléguée.

Et c’est finalement là tout l’enjeu du problème : donner un statut aux travailleuses du sexe puisqu’en Belgique la prostitution est tolérée. Seul le Parlement fédéral peut se pencher sur ce dossier et offrir des solutions pérennes au problème qui dépend uniquement des orientations prises par les bourgmestres de chaque commune.

Quel avenir pour la rue Marnix ?

La police avait décidé de se mettre au diapason des autorités politiques et d’attendre la sortie de terre de l’Eros Center en gérant au mieux le quotidien. "On donnait des accords pour deux ans aux différents propriétaires. Il leur fallait être en ordre au niveau de la salubrité des lieux sans oublier les contraintes imposées par les secours", explique Yves Hendrix, le chef de corps de la zone de police Seraing/Neupré qui va clairement devoir changer son fusil d’épaule par rapport à la prostitution. "On a déjà fermé six salons sur les 40 qui ne respectaient pas les conditions minimales. Il faut assurer à celles qui décident d’y travailler de le faire dans des conditions décentes. Il faut les protéger…" Et le policier de quitter son uniforme et de s’interroger… "Pourquoi le conseil des femmes francophones de Belgique ne décide-t-il pas de déposer plainte contre les exploitants de la prostitution hôtelière ? Pourquoi des projets identiques existent-ils à Anvers et Bruxelles ?"

Les choses vont assurément changer rue Marnix… Et le conseil communal a son avenir entre ses mains !