Il aura fallu attendre presque dix ans pour ce jugement rendu par le tribunal correctionnel de Liège. Et, si les personnes qui ont été condamnées font appel, la cour d’appel n’aura vraisemblablement pas d’autre choix que de déclarer les faits prescrits. Les sentiments des proches des 14 personnes décédées et de 19 blessés dans l’explosion du 18, rue Léopold, en plein cœur de Liège dans la nuit du 26 au 27 janvier 2010, étaient donc mitigés.

Le tribunal a condamné jeudi Mehmet Calik, le propriétaire de l’immeuble à 14 mois de prison, avec un sursis de trois ans pour la moitié. L’intercommunale d’incendie de Liège et environs (IILE, soit les pompiers) bénéficie de la suspension du prononcé. L’agent du Service de la sécurité et de la salubrité publiques (SSSP) de la ville de Liège, qui était en charge du suivi de cet immeuble en très mauvais état, ainsi que sa responsable, ont été acquittés.

Le tribunal a stigmatisé le propriétaire qui avait installé des canalisations de gaz dans le faux plafond du rez-de-chaussée sans procéder à la ventilation nécessaire et en plaçant des raccords non étanches. Or le collège d’experts a conclu que l’explosion avait été causée par une accumulation de gaz dans ce faux plafond, qui s’était ensuite infiltré au 1er étage où l’explosion avait retenti.

Le propriétaire n’avait pas effectué de contrôle de conformité et d’étanchéité des installations alors que les pompiers de Liège l’avaient exigé.

Le service prévention des pompiers pointé

Le tribunal a considéré que le service prévention des pompiers de Liège avait fait preuve de défaut de précaution et de prévoyance. En effet, à la suite d’inspections du SSSP, la section prévention de l’IILE avait été sollicitée pour examiner l’immeuble du numéro 18.

Plusieurs manquements avaient été constatés et des travaux avaient été exigés. Surtout, une preuve de test de conformité et d’étanchéité de l’installation de gaz avait été demandée.

Pour le tribunal, un tel test aurait forcément mis en évidence les manquements, ce qui aurait permis d’éviter la catastrophe. Malgré une demande de revisite adressée par le SSSP aux pompiers, ces derniers ne sont jamais venus inspecter les travaux finis. En cause : un problème d’organisation d’interne.

Le tribunal a enfin considéré qu’aucune faute ne pouvait être retenue dans le chef de l’agent technique du SSSP et de sa responsable. "Vous avez fait votre travail correctement", a adressé la présidente aux deux agents de la Ville de Liège.J. La. (avec Belga)