ENTRETIEN

Chef de groupe Ecolo au parlement wallon et résidant à Liège, Bernard Wesphael estime que la rénovation du PS a échoué.

Pensez-vous que les affaires qui éclaboussent le PS à Charleroi peuvent éclater à Liège?

Je ne serai pas surpris si ces affaires éclataient aussi à Liège et dans lesquelles le PS serait peu ou prou impliqué, mais je ne crois pas qu'il y ait un lien nécessaire et obligé entre les idées socialistes et les dérives que l'on peut constater aujourd'hui à Charleroi et, peut-être demain, dans toute la Wallonie. Je crois qu'il y a un lien inévitable entre de telles dérives et une présence trop longue d'un même parti à tous les niveaux de pouvoir. Une telle situation entraîne une conviction progressive d'impunité.

Liège semble pourtant être épargné...

Il y règne pourtant la particratie et plus particulièrement la monopolisation du pouvoir à tous les niveaux par le PS. Sans oublier le cumul intensif des mandats par quelques caciques et les luttes fratricides entre camarades qui paralysent la renaissance économique liégeoise. Je prends l'exemple de M. Van Bouchaute, bourgmestre de Flémalle. Voilà un mandataire socialiste qui reconnaît n'avoir pas respecté des années durant, ni les statuts de son parti, ni les dispositions légales en matière de cumul des mandats. Mais comme sanction, on lui demande seulement de se mettre en règle, sans autre forme de procès.

Que voulez-vous dire par là?

Je crois que la rénovation du PS a échoué. Sans vouloir m'immiscer dans les affaires internes d'un parti, je crois en tant que citoyen que le PS a besoin d'une véritable refondation. A Liège, il est grand temps que le président de la fédération liégeoise du PS, Willy Demeyer passe de la posture de rénovateur à l'action rénovatrice. Il est urgent que le ministre wallon Jean-Claude Marcourt renonce à sa langue de bois et opte enfin clairement pour une nouvelle culture politique. Ce serait salutaire pour tout le bassin.

N'êtes-vous pas en train de généraliser le problème?

C'est vrai que Liège n'est pas Charleroi dans la mesure où il n'y a pas, à proprement parler, un patron socialiste devant lequel tout le monde s'incline. Liège, c'est plutôt un entrelacs de réseaux d'influences croisés qui s'organisent pour l'essentiel autour de quelques barons socialistes qui se regardent en chiens de faïence, ils ne manquent aucune occasion de se faire un croc en jambe. C'est peut-être là aussi toute la chance de Liège. Par ailleurs, il y a aussi des rénovateurs à Liège, mais les résistances sont trop fortes et les luttes qui s'éternisent nuisent au redéploiement économique liégeois.

© La Libre Belgique 2006