CHRONIQUE

Les grands travaux qui bouleversent actuellement toute la circulation sur le boulevard d'Avroy sont l'occasion d'évoquer toutes les discussions qui entourent l'origine de ce nom si familier aux Liégeois.

La thèse la plus courante reprise par la plupart des historiens ou des chroniqueurs d'aujourd'hui est que c'est dans le sens primitif des noms Arvrido et Arbrido, utilisés jusqu'au XIIe siècle, que se trouve la réponse. En tirant un peu dessus, l'étymologie pourrait remonter à Albaretum ou Arboretum. C'est-à-dire un lieu couvert d'arbres, ce qui, dans le passé, fut certainement le cas du site qui nous intéresse.

Mais si l'on va consulter le bon vieux Théodore Gobert dans son «Liège à travers les âges», les choses ne sont peut-être pas aussi simples que cela. Au passage, Théodore Gobert, qui ne rate jamais une occasion d'ironiser sur les doux délires du chroniqueur du XIVe siècle, Jean d'Outremeuse, rappelle que celui-ci raconte qu'au VIIe siècle, un prince Frangnut, seigneur de Fragnée, avait une fille nommée Avrotine. Elle épousa Dodon, le frère d'Alpaïde (qui sera la concubine de Pépin de Herstal dont elle aura un fils: Charles Martel). Lorsqu'Avrotine mourut, Dodon fit construire une villa qu'il dénomma Avroit, diminutif du nom de son épouse défunte. C'est ce même Dodon qui fut étroitement mêlé à l'assassinat de saint Lambert, aux alentours de l'an 700, mais ceci est une autre histoire. Quoique...

Avec un historien du XVIIe siècle, Foulon, ce n'est pas mal non plus. Se référant à l'assassinat de l'évêque Lambert, Foulon voit dans le nom Avreux (dès le XIIe siècle, Avroit avait la prononciation wallonne: Avreû) la déformation de Affreux qui qualifiait la famille de Dodon! Gobert signale comme première référence sérieuse d'Avroy un document du XIe siècle qui raconte la vie de l'abbé de Saint-Denis (un des assassins de saint Lambert qui s'était repenti). On y lit que ce Godobald, arrivé à Paris entre les années 710 et 716, venait de la villa d'Arbrido, en Hesbaye. Ce nom d'Arbrido ou parfois Arvrido se rencontre dans d'autres documents du XIe siècle. Et on en revient au point de départ. Arbrido, Arbridus, Arvrido, Arvridus. Gobert constate qu'à peu près tous les mots de la langue latine, dont la terminaison est en «idus», se transforment en «oid» : frigidus=froid, Godefridus = Godefroid. Dès lors, pourquoi pas Arvridus=Arvroid puis Avroit. Puisque dès le XIIe siècle, il est question d'Avreû et que, en wallon, les mots en «oi» se prononcent «eû», Avreû signifie bien Avroit.

A partir du XVe siècle, on rencontre Averoit, Avroi puis Avroy. Et, pour contenter tout le monde, cela n'exclut tout de même pas un arboretum dans des temps encore plus lointains.

© La Libre Belgique 2004