Danger sanitaire, effets collatéraux, armes anti-manifestations… les avis sont partagés.

C’est le chef de corps de la police de Liège, Christian Beaupère, qui, à moins d’un an d’une retraite bien méritée, s’est exprimé lors du conseil communal de Liège, afin de présenter… une nouvelle arme dont disposera la police liégeoise. Une arme pour le moins controversée. Comme lors de l’achat des "tasers" en effet, le chef de corps a ici défendu la pertinence de ces grenades et lanceurs de grenades. Mais dans les rangs des élus, certains semblaient peu convaincus du bien-fondé de l’acquisition (31 581 euros). Au contraire, ces grenades pourraient, selon les plus critiques, avoir des effets particulièrement néfastes, tant sur la santé que sur la gestion d’une manifestation.

Pour rappel, ce sont les événements vécus lors du Nouvel an à Droixhe qui ont fait naître ce besoin au sein de la police liégeoise. Plusieurs émeutes ont en effet nécessité l’intervention de dizaines de policiers… qui furent en partie blessés par les jets de pavé

"Il est donc apparu que nous n’avions pas d’arme qui permettait de maintenir à distance, 50 à 100 mètres, une foule, une émeute", a d’emblée expliqué le chef de corps. Ces grenades lacrymogènes le peuvent donc… "Certes le terme fait peur mais il faut rappeler qu’elles seront utilisées en cas de légitime défense. Techniquement parlant, il n’y a pas d’effet sonore et ce qui retombe au sol ne provoque pas de blessure". "En outre, elles ne seront utilisées qu’en milieu non clos et lorsque nous sommes face à des belligérants uniquement. Pas pour disperser une foule, dans le Carré par exemple. L’objectif est la "désescalade". Actuellement, nous n’avons que le spray qui a une portée de 5 mètres".

Des arguments qui n’ont donc pas convaincu le PTB, Vega et Vert Ardent… Pour David Ambrosio (PTB), "le gaz qui se dégage comprend du cyanure, ce qui a des effets très néfastes". Mal utilisé… "il peut devenir mortel". "Et quid des dommages collatéraux ?", lors de manifestations par exemple. "Nous avons peur que cela ne contribue pas à la désescalade mais provoque l’inverse".

Pour Caroline Saal (Vert Ardent), c’est le contexte dans lequel les grenades seront utilisées qui inquiète aussi… "On parle de maintenir une émeute aujourd’hui. D’accord. Mais demain ? Va-t-on les utiliser lors de manifestations syndicalistes ? Écologistes ?". Et d’évoquer également "l’effet boomerang et d’autres effets collatéraux".

Enfin, pour François Schreuer (Vega), le risque semble également grand, "en cas de tir tendu". D’un point de vue sanitaire également, "lors d’une exposition au gaz".

Mais Christian Beaupère de rappeler que, "grâce au taser et au FN 303 [NDLR : arme à létalité réduite], dans une dizaine de cas nous avons aussi sauvé des vies car certains ont fait face au PAB. Sans ces armes, l’usage d’une autre arme aurait été inévitable". Et pourtant le FN303 vise "à faire mal". Pas le gaz lacrymogène. Lors d’émeutes au Standard depuis 2014, rappelle encore le chef de corps, il y a eu plus de 50 policiers blessés…

Le point a été adopté… mais pour certains, la police devra encore faire ses preuves.

Pour le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, la priorité aujourd’hui est d’être à l’écoute de "sa" police. "En effet, d’année en année, malgré les efforts que nous déployons, nous constatons que cela ne va pas mieux. Il y a beaucoup de violence", estime le mayeur qui poursuit dès lors : "Le plus grand danger aujourd’hui serait que nos policiers aient le sentiment que le pouvoir politique n’entend pas leurs demandes, les laisse à leur sort. Et c’est aussi là, je pense, que les problèmes pourraient commencer. Avec des policiers mal équipés".