" Pour aller manger des boulets-frites chez Eugène", aurait sans doute chanté le grand Jacques. Car c’est promis. Dans la hotte de saint Nicolas, il y avait un (nouveau) cadeau pour la Cité ardente: 500millions à consacrer à une ligne de tram Jemeppe-Liège-Herstal, dans le cadre d’un partenariat public-privé habilement conçu.

Confirmant une option annoncée dès le printemps dernier, la décision s’inscrit, certes, dans un train - façon de parler - de mesures "anticrise" de la Région wallonne. Elle n’en tombe pas moins à point nommé, à l’heure où la Ville va devoir gérer l’échec annoncé d’une candidature aussi populaire qu’impossible au titre de capitale européenne de la culture. Et en pleine période électorale, oufti valet! Nos grands décideurs ont-ils envoyé des signaux de détresse en haut lieu? Toujours est-il qu’il ne cesse de pleuvoir des merles chez ceux qui ont été privés de grives. A la vox populi qui crie "Liège 2015", l’édilité pourra répondre "tram 2013" (si tout va bien), éventuellement "tour de France 2012", voire "Métropole culture de la Communauté", le bildule inventé pour servir de lot de consolation.

Bien étrange, en revanche, apparaît la supposée contrepartie de l’opération: Michel Daerden censé devoir faire son deuil, dans l’immédiat, de la liaison Cerexhe/Heuseux-Beaufays. Le ministre ansois n’est pas le seul à penser que les transports en commun n’ont pas réponse à tout. Le succès des grands réseaux collectifs dépend largement des complémentarités qu’ils savent trouver avec l’automobile. Dans ce contexte, et n’en déplaise à ses bucoliques adversaires, le tronçon manquant de la chaîne autoroutière liégeoise demeure un handicap dont on ne se consolera pas en invoquant les incertitudes de l’avenir énergétique. Que les voitures, demain, roulent au charbon, à l’énergie solaire ou avec une éolienne sur le toit, il faudra leur assurer un trafic fluide.

Après l’effet d’annonce que les ministres wallons n’ont pas voulu se refuser, il faudra donc poursuivre le travail d’élaboration de vraies solutions globales, dans le cadre du Plan urbain de mobilité (PUM) où tous les modes de déplacement sont envisagés en harmonie, non pas par quatre mais par vingt-quatre communes. Cette approche élargie, qui est aussi celle du Groupe de redéploiement économique (GRE), aurait permis, par exemple, d’éviter le doublon, épinglé par l’Association des clients des transports publics, entre la ligne de tram privilégiée et la portion liégeoise de la ligne SNCB Liers-Namur, parfaite matrice d’un futur RER. Les moyens affectés au tram nord-sud ne trouveraient-ils pas meilleur emploi dans un axe est-ouest et la desserte du Sart Tilman ?

La priorité des mois à venir sera donc de confronter les copies, en espérant que la proximité du scrutin régional ne fera pas dériver les bonnes intentions vers les mauvais aiguillages, les voies sans issue et les déraillements.