Gazette de Liége

Un tram, oui, mais lequel ?", titrait récemment la "Gazette" en référence à la confirmation par le ministre wallon chargé de la Mobilité, Philippe Henry, du retour prévu du tram à Liège. Un projet qualifié par le ministre écolo de "nécessité trop longtemps différée qui va conditionner l’avenir de la ville et de l’agglomération liégeoise". Conformément à ce qui avait été annoncé, un budget global de 500 millions d’euros doit ainsi être dédié à cet important projet dans le cadre d’un partenariat public-privé. Mais tant en ce qui concerne le partenariat financier qu’au sujet de l’épineuse question du tracé dudit tram, tout reste encore à faire.

Le moins que l’on puisse écrire est que ce sujet ne laisse pas indifférent à Liège où différentes voix, dont celle de l’ASBL UrbAgora, se font entendre. L’ingénieur civil Pierre Arnould, que nous avons rencontré en primeur, a une vision non dénuée d’intérêt.

Après des études universitaires effectuées à Mons, ce natif d’Auvelais gagne la Cité Ardente où il est collaborateur de l’architecte Charles Vandenhove avant de devenir consultant au sein du bureau d’étude Greisch. À la fin des années 70, il fonde son propre atelier qui, depuis les années 90, concentre son action et sa réflexion sur ce que son créateur appelle "des dossiers liégeois urbanistiquement graves". Parmi ceux-ci, la mobilité au sein de la communauté urbaine liégeoise retient particulièrement son attention.

Jouissant d’"une indépendance totale", Pierre Arnould émet ainsi une série de propositions sur le futur tram liégeois. Et ce dernier de réactualiser une proposition faite en 1991, lors de l’abandon du projet de "transport automatisé urbain" (TAU) visant l’agglomération liégeoise, et de s’inscrire dans ce qui est proposé par la Région wallonne. À savoir, dans un premier temps, la création d’une ligne reliant Herstal à Seraing via la rive gauche de la Meuse, "une ligne qui était déjà contenue dans le projet de TAU" et qui est selon lui "la seule qui tient la route".

Mais pour l’ingénieur civil liégeois, qui plaide pour l’instauration d’un mode de transport public "attractif et innovant" et compte tenu des possibilités financières limitées, il faut se baser sur le réseau de bus et de train "existant et subsistant" et il y a lieu selon lui de "recentrer les priorités sur l’unique tronçon du réseau arrivé à saturation", à savoir uniquement celui couvrant le centre-ville liégeois.

La piste explorée par Pierre Arnould consiste donc en la réalisation d’un premier tronçon court de 3 km reliant les Guillemins à la place Saint-Lambert et comportant quatre points d’arrêt. S’il est court, ce tronçon est aussi expérimental puisque "l’idée est de faire circuler un tram léger sur une structure aérienne propre". Le recours à l’automatisation du tronçon - le tram circulerait à double sens sur une voie unique - est, selon l’ingénieur, vecteur de "performances exceptionnelles en terme de débit, de cadence, de vitesse commerciale et de flexibilité". Le coût de la formule automatisée qu’il promeut est estimé à quelque 120 millions d’euros, soit 25 % de plus qu’un mode conventionnel, mais le coût d’exploitation de ladite formule se révèle selon ses calculs bien moindre.

Dans un second temps, "mais dans un second temps seulement", Pierre Arnould préconise une réévaluation des besoins et pourquoi pas l’entame de nouveaux investissements. Et d’envisager le prolongement de la première ligne vers Herstal et Seraing, mais "cette fois de manière classique", le but étant de faire du premier tronçon proposé "une sorte de produit d’appel". "D’autres extensions sont possibles, comme le bouclage suivant le tracé de la ligne de bus 4 ou la réalisation d’un axe transversal de Cornillon à Fontainebleau". Quoi qu’il en soit, pour l’ingénieur, "on est ici en présence d’un exemple typique de développement durable" et "il serait regrettable de ne pas pouvoir concrétiser la volonté politique existante". Nul doute que ses réflexions contribueront au débat.