REPORTAGE

De prime abord, rien ne distingue la ferme Louis Larock d'une autre exploitation agricole. Seul un panneau de confection artisanale annonce les activités en bio-dynamie du propriétaire. Les barrières de la ferme condrusienne s'ouvrent sur une cour intérieure bordée par les logis, d'une part et les étables, d'autre part. Dans la petite salle à manger rustique où les aidants prennent le café (bio et à la crème svpl) une étagère est chargée de livres. Louis Larock, au cours de l'entretien, en sortira les écrits d'Alex Podolinski, agriculteur australien dont la méthodologie et les recherches en bio-dynamie s'avèrent pour lui une source d'inspiration quotidienne.

Notre hôte, licencié en philosophie et en langues germaniques, se montre érudit, passionné de culture, de poésie allemande. En 86, l'année de Tchernobyl, précise-t-il, Louis Larock fait ses premiers pas en bio-dynamie. Mon père avait déjà préparé le terrain, il n'employait pratiquement plus d'engrais chimiques. Le dépérissement de la planète et le désaveu des sciences en terme d'explication globale ont poussé l'agriculteur vers une démarche d'unité, à la recherche des gestes justes. Il s'est intéressé à l'anthroposophie, doctrine élaborée par le penseur autrichien Rudolf Steiner, voulant dépasser le caractère matérialiste de la science contemporaine et proposant une compréhension de la nature humaine capable de lui rendre sa véritable place au sein du cosmos.

Parmi les prolongements (pédagogiques, esthétiques, médicaux et scientifiques) de la doctrine, a émergé la bio-dynamie en agriculture. Inspirée du fonctionnement de la nature où règnent d'incessantes relations entre mondes minéral, végétal et animal, l'agriculture en bio-dynamie intègre au sein d'une même ferme, animaux d'élevage et cultures, dans un paysage diversifié. Ainsi, une septantaine de bêtes (vaches laitières et descendance de la race blanc-bleu mixte) s'épanouissent sur les 30 ha de la ferme, répartis en pâtures, cultures maraîchères et verger planté de hautes-tiges. Les agriculteurs bio-dynamistes travaillent en accord avec les rythmes (saisonniers, journaliers, de fécondité, de croissance) de la terre mais aussi en fonction du mouvement des planètes (calendrier cosmique de Maria Thun). Ils s'emploient grâce à la fumure et à des préparations (à base de plantes médicinales, de minéraux et de bouse de vache) à régénérer les sols et rendre la plante à nouveau réceptive aux influences de l'univers.

LA LUMIÈRE DE VAN GOGH

L'agriculture bio-dynamique tend à favoriser la nature dans son évolution. Aujourd'hui, les champs de blé chimiques mûrissent dans les verts sombres, on dirait qu'ils ont été mis en couleur, déplore l'agriculteur-philosophe, alors qu'une plante sauvage rayonne par sa lumière. Van Gogh a bien rendu les forces de la lumière d'un champ de blé d'antan. Ce sont ces forces que l'agriculture bio-dynamique tend à retrouver. Car au-delà des préparations naturelles, c'est aussi l'action des éléments (soleil, vent...), celle de l'animal (la vache a un rôle central en bio-dynamie) et le travail humain qui transmettent leurs forces aux aliments. Ces derniers retrouvent alors le goût du terroir, une valeur nutritionnelle élevée, une résistance accrue... Derrière les techniques bio-dynamiques, toute une philosophie de vie apparaît. Admirateur de Goethe, esprit universel, Louis Larock, lecteur assidu de La métamorphose des plantes de l'auteur allemand, envisage avant tout une approche globale du monde, de tous les aspects de la vie. Un long chemin semé d'embûches, il faut se débarrasser des vieux réflexes et surtout savoir observer pour mieux comprendre.

© La Libre Belgique 2001