Gazette de Liége

A deux pas de la gare des Guillemins, dans un coin de la superbe place de Bronckart vit un homme unique. Il est le dernier parfumeur belge, créateur depuis plus de vingt ans de mélanges de senteurs. Passionné de vieux livres, sa maison est une véritable bibliothèque. Des ouvrages anciens ou pas, souvent trouvés sur les brocantes. Des textes sur le parfum, mais aussi des livres d'histoire ou des romans. Et comme il a fait des odeurs son métier, les flacons s'accumulent sur les étagères. Chaque matière a son odeur, unique. Le seul critère de choix, c'est que l'odeur vous plaise, explique-t-il.

Chargé de cours de formulation à l'université de Montpellier, il a récemment confié ses collections au musée international du parfum (MIP) de Grasse. Il y a deux ans, j'avais fait le projet d'ouvrir dans l'ancien institut de pharmacie, près du jardin botanique un musée de la parfumerie. On y aurait créé un outil unique en son genre, avec des classes de découverte, des stages de formation. J'amenais mon expérience et mon savoir-faire, mes collections et ma passion. Personne à Liège ne m'a suivi. Quand j'ai apporté mes pièces à Grasse, pour assurer leur survie et leur conservation, le MIP ne s'est pas trompé sur la valeur de ces collections: il a immédiatement envoyé un semi-remorque et 15 m3 de matériel récent ou ancien sont partis là-bas.

LES LIVRES ET LES SENS

Ses lectures, il les utilise aussi pour recréer des parfums créés jadis: pour les journées du Patrimoine, il a ainsi recréé à l'identique un parfum égyptien que Néfertiti aurait pu porter; l'eau de la reine de Hongrie, qui date du treizième siècle ou encore le vinaigre des Quatre voleurs, une formule qui remonte au dix-huitième siècle.

Fin gourmet, René Laruelle partage aussi ses talents culinaires avec sa famille et ses amis. La parfumerie aurait-elle les mêmes secrets que la cuisine?

Mais René Laruelle a aussi la folle passion d'écrire. L'art du parfum, son précédent ouvrage est aujourd'hui une référence internationale. Le parfum perdu faisait partie de la sélection du prix des libraires 1997. Et alors que paraît seulement Parfums apprivoisés, fruit de deux ans de travail, l'auteur s'est remis au travail. J'ai entamé la rédaction d'un ouvrage sur le même thème, mais plus complexe que Parfums apprivoisés. Pour moi, écrire est un besoin, un plaisir et une passion. Edité en France, René Laruelle s'en explique: J'ai envoyé les différents manuscrits aux grandes maisons belges. J'attends encore leur réponse. À Paris, en une demi-heure, j'avais un accord pour 5.000 exemplaires, et une commande pour l'ouvrage qui vient de sortir On n'est pas pris au sérieux, comme parfumeur en Belgique. En France, il y a une tradition de respect envers ce métier où la machine est incapable de remplacer l'homme. ?

© La Libre Belgique 2001