C’était fin octobre dernier, un peu plus d’un mois après l’inauguration de la nouvelle gare TGV de Liège. Projet porté depuis plusieurs années par le promoteur immobilier Wilhelm&Co, la Médiacité, ou du moins son imposante galerie commerciale imaginée par le designer Ron Arad, ouvrait ses portes dans un quartier du Longdoz longtemps délaissé par la Ville. À l’origine, on le sait, ce projet était censé comprendre, outre un important pôle commercial, un pôle consacré aux loisirs (cinéma, patinoire) ainsi qu’un pôle médias dont le futur nouveau centre de la RTBF doit constituer le fer de lance.

Près de six mois après l’ouverture de la galerie commerciale et même si le promoteur affiche un bilan satisfaisant, les autres pôles de la Médiacité peinent à se mettre concrètement en place et cette dernière tarde à se transformer en véritable Cité des médias et de l’audiovisuel. À cet égard, le cas du Pôle image de Liège (Pil), créé en 2006 et qui devait initialement être intégré dans le complexe Médiacité, est d’ailleurs pour le moins éclairant.

En effet, depuis l’été dernier, cette structure censée rassembler en son sein toute une série d’entreprises actives dans l’audiovisuel est en proie à une grave crise interne qui voit deux de ses actionnaires, les hommes d’affaires liégeois Laurent Minguet et Peter Wilhelm (CEO de Wilhelm&Co), se livrer une véritable bataille juridique. Une bataille déclenchée suite au refus de deux actionnaires du Pil, à savoir Wilhelm&Co et la société publique d’investissement Meusinvest, de procéder à une augmentation de capital à hauteur de deux millions d’euros et de permettre l’arrivée de Wallimage Entreprises, société publique d’investissement dans le secteur de l’audiovisuel.

Pour Laurent Minguet, administrateur et actionnaire du Pil, les vives tensions qu’a connues le Pôle image sont dues à un homme, Peter Wilhelm, qualifié par lui-même de "personne procédurière et malfaisante". Pour preuve, l’homme d’affaires liégeois fait référence au blocage par ce dernier des diverses demandes d’augmentation de capital - imputable selon lui au fait que la société Wilhelm&Co traverserait des difficultés financières - ainsi qu’à la nomination demandée par Peter Wilhelm d’un administrateur provisoire.

Contacté par nos soins, le CEO de Wilhelm&Co réfute catégoriquement les propos de Laurent Minguet et tient à donner sa vision des choses. "Depuis le début de l’année 2009, nous constatons toute une série de faits graves dans la gestion de Laurent Minguet, à commencer par des explosions budgétaires, affirme ainsi Peter Wilhelm. Avec la nomination d’un administrateur provisoire, on a voulu calmer les choses et obtenir la clarté, ce à quoi il s’est opposé violemment". Ce dernier, débouté en première instance par le tribunal de commerce de Liège, vient d’être condamné, il y a deux jours, par la cour d’appel. Pour le patron de Wilhelm&Co, lecture de plusieurs passages de cette imposante décision de justice à l’appui, il s’agit incontestablement d’une victoire car, dit-il, "la cour d’appel nous donne raison tout en nous encourageant à rester actionnaires du Pôle image et ce afin de servir au mieux ses intérêts". Et Peter Wilhelm de mettre également en avant plusieurs rapports d’experts, lesquels semblent mettre en cause la gestion de Laurent Minguet, notamment en ce qui concerne le regroupement des activités au sein du bâtiment T, soit le bâtiment central du Pil, et ce alors que, toujours selon lui, "on s’est écarté du projet initial qui ne prévoyait pas du tout cela mais bien la localisation d’une partie des activités à la Médiacité".

Concernant l’avenir du Pil, considéré à l’époque comme un vecteur de redéploiement économique liégeois, les différents intervenants se veulent positifs mais on voit mal comment les intérêts des deux parties en cause vont pouvoir se rapprocher, tant leurs visions paraissent aux antipodes l’une de l’autre. Pour le reste, on ne peut que s’inquiéter quand on voit une entreprise comme Cotoon être mise en liquidation comme ce fut le cas récemment, et ce même si des "bonnes nouvelles" sont annoncées comme l’arrivée de la SPRL Nozon au sein du Pil et la fin des travaux du bâtiment principal pour la fin de l’année.