Surmontant la maladie qui l’avait contrainte, l’été dernier, à renoncer à ses fonctions ministérielles, Marie-Dominique Simonet a repris ses activités de parlementaire. Mieux encore : le 25 mai prochain, c’est elle qui mènera la liste régionale du CDH pour la circonscription de Liège, comme elle l’avait déjà fait en 2009. Avec la volonté de fer et toute la combativité qu’on lui connaît…

Avant le scrutin précédent, vous aviez déclaré à notre journal que vos priorités pour Liège étaient le tram, le Trilogiport et la liaison Cerexhe-Heuseux/Beaufays (CHB). Comment évaluez-vous la manière dont ces dossiers ont évolué en cinq ans ?

En 2009, le tram venait d’être lancé avec André Antoine. Aujourd’hui, les premiers coups de pelle viennent d’être donnés et j’en suis évidemment contente. C’est long cinq ans, mais il y a des habitants dont il faut tenir compte, des débats à avoir… Il faut avancer sur un tronçon modeste qui sera un point de départ pour continuer après. Personne n’a envie de voir la ville s’ouvrir aux travaux dans tous les sens en même temps. Evidemment, le Trilogiport me tient fort à cœur puisque j’ai lancé le projet. Il est enfin débloqué après les longues luttes juridiques. C’est très important pour les emplois moyennement qualifiés qu’il va offrir.

Et CHB ? Vivement que les écolos s’en aillent ?….

Je suis un partenaire loyal. Quand il y a des accords, il faut les respecter. Cette question est aussi liée au dossier du Pum [le Plan urbain de mobilité, toujours sur le bureau du ministre Henry, ndlr]. Ce qui n’est pas bon, c’est de ne pas décider. Si on ne voit dans CHB qu’un tronçon d’autoroute polluant, ce n’est pas intéressant. Mais ce qui est en jeu, c’est le bien-être des habitants du centre-ville de Liège. La circulation qui sera là ne sera plus dans la ville.

Une route nationale peut-elle être l’alternative ?

Il faut d’abord savoir si on parle d’une route avec une ou deux bande(s) dans chaque sens. Quand on fait une route, il faut qu’elle soit calibrée pour les besoins. Dire aux gens : ne prenez plus votre voiture, c’est bien. En macro, tout le monde en est convaincu. Mais individuellement, on fait comment ?

Pendant la plus grande partie de la législature, vous avez été ministre principalement en charge de l’Enseignement obligatoire. Le secteur dont on dit qu’il est le plus difficile d’y faire bouger les choses…

C’est très difficile, en effet, parce que l’enseignant est à la fois un professionnel de son métier et un artisan qui doit faire du sur-mesure dans sa classe. Chaque classe, chaque école est différente. Alors, si vous venez avec des mesures générales, les enseignants ont le sentiment qu’elles ont été conçues pour d’autres qu’eux. En 2009, j’ai entendu leur message disant : laissez-nous travailler. J’ai donc voulu des mesures qui aillent dans le sens de ce qu’ils veulent faire, qui soient conçues pour toutes les classes, tous les professeurs, avec de l’accompagnement et de la formation. Cela a été le cas pour la lutte contre l’échec et le redoublement, au départ en 3è maternelle et en 1ère et 2è primaires, puis les enseignants ont eux-mêmes demandé à continuer dans les autres années, ce que fait Marie-Martine Schyns. Ils gèrent parce que c’est leur projet. De la même manière, en matière de dyslexie et d’autres troubles de l’apprentissage, 2400 enseignants sont devenus des référents dans leur école. On ne l’a pas imposé par décret mais on a fourni les moyens. Ainsi, ce sont les enseignants eux-mêmes qui font bouger les choses. Pour les Tic, au lieu de fournir des ordis qui restent parfois dans les cartons, on a décidé, avec Jean-Claude Marcourt, d’inverser le système. On a fait un appel et le résultat a été qu’on a eu trop de candidatures. On a demandé aux enseignants quelle est leur école modèle en matière de Tic. Ainsi, on est sûr que le matériel fourni a du sens. L’OCDE a applaudi ce type de démarche…

Face à la désindustrialisation du pays de Liège, au drame de la sidérurgie, que peut faire le politique ?

Il a un rôle à jouer mais il ne peut pas tout. Pourquoi l’idée du Trilogiport m’est-elle venue ? Parce que depuis longtemps, déjà sous Gandois, il y avait une incertitude sur l’avenir d’une sidérurgie non maritime. J’ai soutenu la recherche qui permet quand même de garder certains secteurs très innovants de l’acier. Mais avec le Trilogiport, on va vers d’autres types d’activités. Notre Parc scientifique est magnifique, mais tout le monde ne peut pas être ingénieur. Il y a encore beaucoup à faire dans des domaines comme l’E-commerce que tout le monde utilise aujourd’hui. Les pôles de compétitivité lancés sous la précédente législature ont aussi été un beau succès, notamment dans des thématiques où les Liégeois sont très actifs, et avec une gouvernance irréprochable. On prend les projets les meilleurs des entreprises, des universités, des centres de recherche. Le développement du pôle image à la Médiacité est remarquable. Qui aurait pu imaginer, il y a trente ans, qu’il y aurait autant de stars belges dans le cinéma français ? Ce qui se fait au niveau technologique est aussi important. Dans tout cela, le réseautage est essentiel, comme dans l’enseignement d’ailleurs.

L’idée d’une communauté urbaine liégeoise fait lentement son chemin depuis quinze ans au moins. Ne faut-il pas revoir le cadre légal ?

Les Liégeois ont cherché différentes façons de procéder : la conférence des bourgmestres, la coupole provinciale… Ce qu’il faut certainement, ce sont des organes démocratiques et pluralistes. Mais ce n’est pas simple de mettre d’accord une série de communes.

La réforme que les provinces ont connue, c’est un aboutissement ?

Non, c’est un domaine qui reste en recherche. Dans chaque province, on cherche des formules. Il y a la Wallonie picarde (Wapi) qui ne couvre pas tout le Hainaut. Le Luxembourg est sans doute celui qui s’est le mieux structuré. La Province de Liège a sa coupole qui dépasse les communes et les arrondissements. En matière de tourisme, de transport, de grandes surfaces…, on ne doit pas se faire concurrence. On a vu tout l’intérêt qu’il y a à se fédérer avec le sel de déneigement.

Avec les mesures anti-cumuls, il y aura moins de municipalistes au Parlement. Un regret ?

Je suis très à l’aise puisque je n’ai pas d’intérêt immédiat. Je suis uniquement député et conseillère communale. Au CDH, nous n’avons pas été favorables à cette mesure. Un accord, c’est un accord, mais c’est important d’avoir des parlementaires qui ont un ancrage local, qui ont un lien avec la vraie vie, qui connaissent le fonctionnement du niveau de pouvoir le plus proche du citoyen. C’est autre chose que d’avoir des tas de mandats.

Ne vaudrait-il pas mieux, à l’avenir, une majorité à deux partis plutôt qu’à trois ? Philippe Henry a comparé le gouvernement wallon au village d’Astérix.

Quand je suis devenue ministre, on était à deux, PS et CDH. C’est vrai qu’à trois, c’est toujours plus compliqué. Comme avec les enfants… Mais on a quand même pu faire pas mal de choses.