L'enseignant retraité, conseiller Écolo à Liège, publie "Sous l'immense forêt que je serai"

Si ce récit avait été fictif, c’est sans pudeur que nous affirmerions l’avoir adoré. Mais puisqu’il évoque la mort, celle d’une Liégeoise arrachée trop tôt à la vie, il nous est difficile de l’avouer… Sous l’immense forêt que je serai, c’est pourtant le récit d’une histoire bouleversante. Qui laissera au lecteur une trace indélébile, c’est sûr.

Guy Krettels, assistant social de formation, enseignant retraité et conseiller Écolo à Liège, nous plonge ici dans la vie de Christine, jeune quinquagénaire liégeoise qui découvre avec effroi souffrir d’un mal incurable. Précisément, c’est dans leur histoire que nous sommes immergés dès l’entame du livre… Christine a en effet partagé la vie de Guy et de leur fille, Élisa, durant respectivement 25 et 20 ans, jusqu’en octobre 2019.

Point de départ : non pas des jours heureux mais ce terrible mois de janvier 2018, lorsqu’ils apprennent que Christine est condamnée par un glioblastome, terme barbare désignant un cancer du cerveau. En 144 pages, nous "vivons" alors les 21 mois qui leur sont accordés. C’est court et intense, tout va trop vite.

Par des tranches d’une vie qui n’a plus rien de banal, on comprend alors que Christine n’est pas "faite" pour attendre la mort, ni pour être portée, habillée, soignée… amoindrie. Elle a au contraire besoin d’espace, de nature, de liberté, de rencontres et d’infini… Mais comment y accéder entre les rendez-vous médicaux ? Cet étau qui se resserre ? Un esprit qui ne répond plus ? C’est incurable, intolérable.

Indécent ? Non, juste intime et poignant. Et, étrangement, ce cheminement vers la mort nous laisse une impression d’espoir. Car la plume de Guy Krettels transmet avec justesse la passion d’un homme à qui on enlève l’être le plus cher... et la passion d’une femme qui veut croire en la vie, celle qu’elle aime, qu’elle chérit, dans toute sa splendeur et dans toute sa simplicité, dans tous ses échanges. Celle qu’elle souhaite tant prolonger et qu’elle tente de vivre pleinement, sans regrets. Si ce n’est de devoir la quitter.

Comment vivre avec l’annonce de votre mort imminente ? La question se pose inéluctablement à la lecture de ces pages. Cette mort n’est plus "gérable" dès le moment où son heure est programmée. De tout temps, l’homme a d’ailleurs joué de stratagèmes pour éviter d’affronter cette inexorable fin, en l’habillant d’un plus beau costume. Il a parfois trouvé la foi. Mais Guy n’est pas croyant. Christine non plus. Pourtant, "il se surprend à utiliser des mots comme l’âme, les anges… qui jusqu’à présent n’avaient aucune consistance pour lui", écrit-il en commentaire, "Peut-on croire à quelque chose ou utiliser des concepts dont on est rationnellement convaincu qu’ils ne correspondent à rien de palpable, ni de scientifiquement fondé ? Apparemment oui […] Pourquoi la force des émotions et du ressenti serait-elle moindre que celle de la raison ?"

"Sous l’immense forêt que je serai", Guy Krettels, disponible sur le site www.publier-un-livre.com, 144 pp, 12 euros.