Il reste cinq des dix fontaines installées pour les passants, chevaux et chiens.

Au hasard d’une promenade dans les rues de Liège, on rencontre quelques fontaines d’eau potable dont cinq fontaines dites Montefiore. Ces petites fontaines en fonte sont hautes d’1,80 mètres et surmontées d’une adorable petite porteuse d’eau. Une pinte est (parfois) accrochée pour les passants.

Dans les siècles passés, les chevaux pouvaient s’abreuver dans la grande vasque à mi-hauteur (dont le contour portait l’inscription "Fontaine-abreuvoir Montefiore-Bischoffsheim-1888") et les chiens, notamment les chiens de charrettes, dans l’eau qui coule dans le petit bassin au pied de la fontaine.

Botteresses et porteuses d’eau

C’est en 1888 que Liège accepte l’offre d’Hortense Montefiore-Bischoffsheim de doter la ville de dix fontaines-abreuvoirs. Ces dix premières fontaines étaient surmontées d’une petite statue, représentant une botteresse au repos, due au sculpteur Henri Beckers. Ces statuettes avaient été coulées à la donderie des bronzes phosphoreux d’Anderlecht, dont Georges Montefiore-Levi, le mari d’Hortense, était le propriétaire. Sorties des ateliers de la fonderie liégeoise Requilé&Fils, ces fontaines furent dressées un peu partout dans la ville en avril et mai 1889. Aujourd’hui, elles ont toutes disparu. En 1891, Hortense Montefiore-Levi avait fait don de dix autres fontaines surmontées, cette fois, d’une porteuse d’eau due au ciseau du sculpteur liégeois Léopold Harzé. De ces dix fontaines, il en reste cinq sur le territoire de la ville : en Neuvice, rue Sur-les-Foulons, en Roture, au château de Péralta et quai De Gaulle.

Un très grand mécène

Georges Montefiore-Levi mérite à plus d’un titre la reconnaissance de la Ville. Il est à la base de la création, en 1883, dans le cadre de l’école des Mines de l’Université de Liège, de l’Institut électrotechnique, premier établissement au monde d’enseignement de l’électrotechnique. Georges Montefiore-Levi offrit les fonds pour faire fonctionner l’institut, rue Saint-Gilles, et y fit construire un grand auditoire et des bâtiments annexes. Depuis quelques années, l’institut Montefiore a quitté la rue Saint-Gilles. D’origine juive, Georges Montefiore-Levi était né à Streatham en Angleterre le 8 février 1832. Il avait fait ses études d’ingénieur à l’Université de Liège. Il fut sénateur de Liège pendant près de vingt ans. Il fit d’importantes donations au sanatorium populaire de Borgoumont et créa un fonds pour l’entretien des tuberculeux qu’on y soignait. Il finança la création, à Esneux (où le couple résidait), d’un asile pour enfants convalescents et d’un hôpital intercommunal. Il légua les deux tiers de sa fortune à la Province pour combattre la tuberculose.

C’est à Bruxelles qu’il mourut subitement le 24 avril 1906. Il avait connu le rare honneur de voir de son vivant une rue baptisée de son nom : le boulevard Montefiore à Cointe.

Lily Portugaels