Nathalie Toro fait partie de ces femmes qui ne suscitent qu’admiration et sympathie autour d’elles. La tête sur les épaules et le cœur sur la main, cette collectionneuse de titres revient sur son parcours, entre joies et déceptions.

À dix-neuf ans, vous décidez de vous mettre à la boxe. Pourquoi avoir choisi ce sport ?

J’ai toujours voulu faire de la boxe, depuis toute petite. Je crois que j’étais faite pour ce sport. La vie n’a pas toujours été tendre avec moi, je devais avoir une revanche à prendre À dix-neuf ans, vivant seule, c’était l’occasion ou jamais. Comme il y avait un club près de chez moi, j’ai commencé à m’entraîner de façon régulière. Deux ans plus tard, les dirigeants du club m’ont proposé de participer à un combat. J’ai accepté. Et là, ce fut une révélation. En descendant du ring, je savais qu’un jour je serai championne.

Il y a un an, vous avez décidé d'arrêter la compétition...

Oui, car cela devenait trop compliqué à gérer d’un point de vue financier. En Belgique, il est très difficile de vivre de son sport, surtout s’il est peu médiatisé. J’ai été contrainte d’arrêter par manque de subsides et de sponsors. Aujourd’hui, je me bats pour une meilleure reconnaissance de la boxe auprès des autorités et du grand public.

En 2004, vous avez ouvert votre propre club de boxe. Un moyen de rester dans le milieu ?Oui, j'y passe l'essentiel de mon temps. Le club, situé à Grivegnée, s'appelle "Le Phénix", un nom qui n'est pas anodin. J'y entraîne, en tant qu'animatrice sociosportive pour la Ville de Liège, des jeunes issus de quartiers défavorisés. Je leur prouve qu'avec du travail et de la volonté, ils peuvent réussir. C'est important pour moi d'aider ces jeunes à croire en eux, à se dépasser. Ils s'identifient à mon histoire, aux épreuves que j'ai dû surmonter. Je leur montre que l'argent, la chance, ne fait pas tout dans la vie. Le club propose également des cours de kick-boxing exclusivement féminin, les mardis et jeudis soirs, afin d'encourager les femmes à découvrir ce sport et, j'espère, à changer de regard sur la boxe.

Cela ne fut pas trop difficile de s'imposer en tant que femme dans ce monde plutôt masculin ?

Au début, ce n’était pas facile tous les jours. Pour percer, j’ai dû me battre. Contre le regard des autres, surtout. La boxe est un milieu très machiste, et cela reste un sport dur, physiquement. Alors, en tant que femme, on est vite pointée du doigt, critiquée. On n’a pas le droit à l’erreur. Depuis, j’ai fait mes preuves : à force de détermination et d’efforts, j’ai gagné le respect de tous. Mais le plus beau compliment que l’on puisse me faire reste : "Tu boxes comme un homme".

Comment rester femme quand on est sportive de haut niveau ?

Paradoxalement, la boxe a renforcé ma féminité. À l’entraînement, avec mes cheveux courts et mes vêtements unisexes, les gens me prenaient parfois pour un garçon. Hors des salles, j’ai compensé en m’affirmant davantage. J’aime mettre des jupes, des hauts sexy. La plupart des gens ont des a priori négatifs sur les boxeuses, ils nous voient comme des "camionneuses". Mais non, je suis une femme, une vraie.

Auriez-vous un conseil à donner à toutes les femmes qui souhaiteraient exercer un métier "d'homme" ?Persévérer. L'important, c'est de faire ce que l'on aime, sans prêter attention aux critiques des autres, parce qu'il y en aura toujours, des critiques. Au final, un travail bien fait sera toujours récompensé.