Il ne suffit pas de claironner que la position géographique de Liège est stratégique et qu’elle dispose sur son territoire d’une gare TGV, du 8e aéroport cargo européen et, à ce niveau, du 3e port fluvial. En effet, les informations récentes relatives à la situation de TNT Express, moteur de Liège Airport, et à la remise en cause par le Conseil d’Etat du permis accordé au Trilogiport montrent que rien n’est acquis et que tout est à faire.

C’est sur ce projet, consistant en la création d’une plate-forme multimodale de 100 hectares le long du canal Albert et qualifié de "véritable village logistique", que la "Gazette" se penche aujourd’hui. Un projet que l’on pensait en bonne voie depuis l’octroi en septembre par le ministre wallon de l’Aménagement du territoire Philippe Henry (Ecolo) d’un permis d’urbanisme. Mais c’était sans compter, semble-t-il, sur la colère et la détermination de riverains opposés de longue date à un projet qu’ils jugent néfaste tant pour l’environnement que pour leur santé. Deux recours distincts ont été introduits au Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative, l’un émanant du comité de village de Hermalle-sous-Argenteau, concerné au premier chef, et l’autre étant le fait de l’ASBL "Les Bassis-Mosans".

Alors que le Conseil d’Etat a rendu un avis négatif sur le premier recours, le second est visiblement en passe d’aboutir. En effet, le premier auditeur du Conseil d’Etat, dont l’avis est généralement suivi, estime fondé un des arguments développés par les riverains et leur conseil, soit le cabinet Misson, à savoir le fait que le ministre Lutgen aurait été à la fois juge et partie dans ce dossier. Ce dernier, alors en charge, a rejeté un recours introduit à la Région par l’ASBL "Les Bassis-Mosans" et relatif aux modifications de voiries adoptées il y a un an par les Conseils communaux d’Oupeye et de Visé. Mais le ministre était aussi, à cette époque, "l’autorité hiérarchique à l’origine du permis". Selon le cabinet Misson, interrogé par "Le Soir", les choses semblent en tout cas déjà pliées dans cette affaire et on dit avoir bon espoir que le Conseil d’Etat suive le raisonnement avancé. Les plaidoiries doivent avoir lieu le 15 mars prochain et un arrêt en bonne et due forme est attendu dans les deux mois qui suivront.

Au Port autonome de Liège, dont le bourgmestre PS Willy Demeyer est le président et qui a fait de ce projet "une pièce maîtresse du redéploiement économique liégeois", cette nouvelle ne fut pas accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. A cet égard, alors que le directeur général du Port autonome, Emile-Louis Bertrand, était injoignable durant la semaine dernière, nous avons pu nous entretenir avec Willy Demeyer. Et le moins que l’on puisse écrire est que ce dernier s’impatiente grandement, bien conscient que la fin annoncée de la sidérurgie liégeoise et le contexte économique actuel rendent urgente la concrétisation du projet Trilogiport. Au sujet du recours pendant devant le Conseil d’Etat et des arguments avancés par les riverains, le bourgmestre de Liège estime qu’il faut bien faire la différence entre jugement de légalité et d’opportunité et insiste sur l’importance de la séparation des pouvoirs entre judiciaire et politique. Enfin, à un niveau plus politique, il déplore la lenteur des procédures, et ce alors qu’il faut, selon lui, impérativement rassurer les investisseurs, et évoque par ailleurs une rencontre prochaine avec les autorités wallonnes.