Alors que le Port autonome de Liège présentait hier un bilan 2009 en berne (lire en p.24), l’aménagement du Trilogiport (future plateforme logistique multimodale à Hermalle-sous-Argenteau) suscite quelques inquiétudes dans les rangs écologistes. Plus particulièrement, la députée wallonne Veronica Cremasco soupçonne une pollution du site.

Selon elle, des boues de dragage tirées de la Meuse dans une zone industrielle y ont été déversées sans réel contrôle. "Le ministre Benoît Lutgen (CDH) a affirmé qu’une analyse a démontré qu’elles ne sont pas polluées, explique Veronica Cremasco. De toute manière, même s’il s’agit de boues de catégorie 1, non-contaminées, on ne peut les épandre comme ça. Elles auraient dû être placées au préalable dans un site d’enfouissement technique pour y être décantées."

Toutefois, malgré l’analyse rassurante, le ministre Lutgen s’est engagé, en commission du Parlement wallon, à enlever ces boues du site. Pour Veronica Cremasco, cette décision est étrange : "Il aurait fallu une autorisation préalable pour ces travaux de remblai, quelle que soit la pollution des boues. Or, selon moi, cette autorisation préalable n’a pas été demandée ou pas été obtenue et c’est pour cela que les boues vont quand même être enlevées. De plus, les tests ont eu lieu après épandage. La norme, c’est de faire des tests et puis seulement de décider de ce qu’on fait des boues sur la base des résultats."

Autre élément qui inquiète la jeune députée : un entrepreneur aurait également déversé sur le site du Trilogiport des terres de remblai provenant d’autres chantiers et ce, sans contrôle. "Il y a un problème de traçabilité des terres. C’est complètement illégal de faire cela ! Le permis de remblai a d’ailleurs été annulé depuis. Mais il y a toujours sur le site une quantité énorme de terres potentiellement polluées", s’émeut-elle.

Enfin, Veronica Cremasco s’inquiète du résultat - négatif - des tests menés par le bureau Ecorem sur le site du Trilogiport avant que le chantier ne soit ouvert. Il semblerait que le sol était déjà pollué à la base.

À l’égard de ces questions, c’est désormais Philippe Henry (Ecolo) qui est le ministre responsable. Depuis fin janvier, il a en effet repris ces compétences (une fameuse patate chaude ?) à Benoît Lutgen.

Selon le cabinet Henry, les boues sont en fait des graviers non pollués. L’administration wallonne a néanmoins commencé à les enlever du site hier matin. Quant à la pollution préalable du sol dénoncée par la députée, Philippe Henry va examiner dans les prochaines semaines l’opportunité de commander une étude plus poussée (dite de "caractérisation") pour certaines zones. Un nouveau contretemps dans la réalisation du Trilogiport ?