Gazette de Liége

Dès 1984, sur base d’une commande de l’ancien ministre français de la Culture Jack Lang, pour l’autoroute A6, Bernar Venet imagine un arc monumental, au travers duquel les automobilistes pourraient passer dans un sens, comme dans l’autre. Après trois tentatives avortées en France, l’artiste plasticien de renommée internationale se réjouit de voir enfin son plus ambitieux projet se réaliser… en Belgique. C’est à l’occasion de l’inauguration de deux œuvres de l’artiste en 2014 à Seraing que l’artiste et le patron de CMI Bernard Serin décident de travailler ensemble sur cette imposante sculpture de 200 tonnes faite d’acier Corten et à la couleur rouille dénommée "L’Arc Majeur". Celle-ci se compose d’un petit arc de 20 m de hauteur (30 t) et d’un grand arc de 60 m de hauteur (120 t), pour une largeur de 2,25 m chacun.

Voici plusieurs mois (soit un total de 6 000 heures) que quatre soudeurs et trois monteurs du groupe CMI se relayent pour réaliser la structure dans les ateliers de son Centre d’expertise soudage à Seraing. "On a dû décomposer le grand arc en trois tronçons de 40 à 50 t de façon à pouvoir les amener sur le site", explique Marie La, chef de projet chez CMI. Mais avant l’assemblage, reste la finition des parties. La sculpture viendra à terme épouser les pourtours de l’autoroute au niveau de la borne kilométrique 99 de l’autoroute E411 à la frontière entre les provinces de Namur et du Luxembourg belge. "Une grue sera utilisée pour le montage sur place et un échafaudage sera construit pour permettre le boulonnage puis le soudage des parties. Des câbles viendront soutenir les éléments le temps du chantier."

Derrière la réalisation, une équipe liégeoise

Le bureau d’études Greisch, implanté à Liège, participe également à la faisabilité technique du projet. "C’est la neuvième fois que nous collaborons avec l’artiste après les œuvres de Toulouse, Séoul, Nice, New York…, précise Vincent de Ville, président du bureau Greisch. L’élément majeur ici est de stabiliser la sculpture sur son propre poids et de l’effet du vent. La sculpture a été étudiée pour résister à un vent de 200 km/h. Si le vent est trop faible, la sculpture risque de vibrer, ce qui peut fatiguer le métal au fil du temps et créer des fissures. C’est pourquoi il est prévu de placer à l’intérieur de la sculpture, à son sommet, un amortisseur pour limiter les vibrations."

La Région wallonne est également partenaire du projet, via le SPW Mobilité et Infrastructures, en collaboration avec la Sofico. Il s’agit pour la Région de marquer le savoir-faire wallon à l’échelon international. Car au-delà de la conception artistique, il s’agit surtout d’une prouesse technique. La sculpture, dont le coût total s’élève à 7 millions d’euros, est entièrement financée par le groupe sérésien CMI, et sera offerte à la Région wallonne à l’occasion du 200e anniversaire de l’arrivée de John Cockerill dans la cité du Fer.

Le lancement du chantier est prévu prochainement tandis qu’il faudra attendre l’automne 2019 pour l’inauguration de cette œuvre aux courbes majestueuses.Aude Quinet