Il fait partie des grands projets dits métropolitains que la Ville de Liège entend mener à bien dans le courant des prochaines années mais ce n’est certainement pas celui qui est le plus avancé. Il, c’est le projet de transformation de l’actuel Musée d’art moderne et d’art contemporain (Mamac), situé au cœur du parc de la Boverie, et de la création en lieu et place de ce dernier d’un Centre international d’art et de culture (Ciac). En mars 2007, soit il y a déjà plus de trois ans, le Groupe de redéploiement économique liégeois (Gre-Liège) a lancé une étude de faisabilité dudit projet. Un projet qui ne manque pas d’ambition, destiné à s’inscrire au centre du nouvel axe urbain Guillemins-Médiacité, et qui bénéficie d’importants subsides - de l’ordre de 23,5 millions d’euros - provenant tant de l’Europe que de la Région wallonne. Comme pour d’autres projets, le fait de bénéficier de fonds européens Feder implique le respect d’une "dead line", ce qui signifie que d’ici 2014, l’ensemble des montants devra être engagé par le maître de l’ouvrage, soit la Ville.

En octobre dernier, l’appel d’offres européen lancé précédemment et dont le cahier des charges avait été avalisé par le Conseil communal s’est clôturé, démontrant un intérêt marqué puisque 28 bureaux d’architectes, dont certains de renommée internationale, se sont porté candidats. De ces candidats potentiels, lesquels avaient fourni à la Ville des lettres d’intention, seuls cinq ont été retenus par le collège communal liégeois sur base des recommandations du jury d’experts et de représentants des pouvoirs publics mandaté pour ce faire. Et ce mardi, ce jury devait entériner son rapport visant à la sélection finale d’un des cinq candidats retenus, parmi lesquels on retrouve l’architecte liégeois Pierre Hebbelinck, lequel est déjà chargé de la réaffectation du bâtiment de l’Émulation. Ainsi que nous l’a confirmé hier l’échevin de la Culture, Jean-Pierre Hupkens (PS), "le choix de l’auteur de projet devrait être avalisé par le collège communal, sur base de ce rapport, d’ici à la fin du mois de juin".

Cet important et ambitieux projet, qui vise à créer à Liège, sur une surface d’exposition de 3500 m2, un lieu d’accueil d’expositions temporaires de premier plan, avance donc mais, selon plusieurs conseillers de l’opposition, les choses sont encore très floues. Ainsi, après plusieurs interventions à ce sujet lors du Conseil communal, Pierre Gilissen (MR) tient à pousser un léger coup de gueule : "Cela fait des mois que la Ville nous tient des propos lénifiants à ce niveau et ce alors qu’on nous avait promis une structure d’accompagnement du projet qui ne vient toujours pas ". Et ce dernier de s’interroger : "On peut à juste titre se demander où en est le montage juridique et financier prévu dans l’étude du Gre, une étude qui est visiblement dépassée ". Cette étude prévoyait ainsi la mise sur pied d’une fondation privée - une hypothèse qui est toujours d’actualité selon l’échevin Hupkens mais que la Ville devra confirmer ou infirmer - et l’apport de fonds privés à côté des subsides publics déjà promis.

De l’argent privé qui est loin d’être garanti - la crise, notamment, est passée par là - mais qui est pourtant bien nécessaire afin de faire fonctionner le futur Ciac. À ce propos, si on sait, d’une manière globale, ce que l’on veut y faire, on ne dispose pas encore vraiment de précision, c’est le moins que l’on puisse écrire, quant au contenu d’un projet jugé trop ambitieux par d’aucuns. Ainsi, de même que son collègue Pierre Gilissen, le conseiller communal Alain Leens (Ecolo), estime l’objectif de 600000 visiteurs annuels initialement annoncé beaucoup trop élevé. "Le nouvel objectif fixé par le désormais ancien directeur général des musées communaux est de 300 000 visiteurs par an ce qui, comparé par exemple au nouveau centre Pompidou de Metz qui compte en accueillir 200 000, est encore trop". Sous couvert d’anonymat, un membre du Gre-Liège nous précise d’ailleurs ceci : "La Ville se fiche pas mal de réaliser effectivement le projet, la volonté étant avant tout de rénover le Mamac".

Une autre inquiétude émise par Alain Leens, tout comme son collègue libéral, est le fait que le budget prévu pour le fonctionnement du futur Ciac est nettement inférieur à ce qui se fait ailleurs, corroborant par là même la précédente affirmation. Le conseiller prend pour exemple le poste personnel, où la somme allouée est jugée trop faible, et ce de nouveau au regard des indications préalablement fournies par Constantin Chariot, et il s’inquiète aussi, pour le surplus, du déménagement des collections de l’actuel Mamac vers l’îlot Saint-Georges, un déménagement qui doit être, selon le Gre, simultané par rapport à la mise sur pied du Ciac.