Gazette de Liège

Un enlèvement presque parfait

Julie Gillet

Publié le - Mis à jour le

Lionel, artiste plasticien ému par le drame que vit son ami, sans emploi à la suite de la fermeture d’un haut-fourneau liégeois, décide de "changer l’ordre des choses" et d’enlever le PDG du plus important groupe sidérurgique mondial, Lakshmi Mittal. Un enlèvement audacieux qu’il va mettre au point avec ses amis, assisté par une équipe de tournage, afin de donner une leçon de chose au magnat de l’acier.

Voici jetées en quelques lignes les bases du nouveau roman mi-polar mi-burlesque de Nicolas Ancion, "L’homme qui valait 35 milliards", paru au Grand Miroir (éditions Luc Pire) il y a deux semaines.

L’auteur aux multiples casquettes signe à nouveau un livre étonnant, en forme de coup de gueule contre les dérives du capitalisme et les magouilles politiques, dont l’action se passe en plein cœur de la Cité ardente. "La ville de Liège n’est pas bien grande; coincée entre les collines, réfugiées en bord de Meuse, les vieilles maisons du centre-ville ressemblent à un troupeau de moutons venus s’abreuver sur les rives du fleuve". Ici, les protagonistes ont fait leurs études à St-Luc, purgent leur peine à Lantin et prennent le train aux Guillemins : en moins de 300 pages, Nicolas Ancion croque le portrait d’un Liège bien réel, avec ses quartiers sales, ses toxicos, ses copinages politiques, mais aussi sa chaleur humaine, son effervescence artistique et son esprit solidaire.

Il fallait du culot pour jeter l’un des hommes les plus riches de la planète - même si "toute ressemblance est purement fortuite"- au cœur d’une sombre fiction littéraire, Nicolas Ancion l’a fait, avec le talent nécessaire pour rendre crédible une pareille histoire.

"L’homme qui valait 35 milliards" est un roman qui raconte la crise. La crise vue d’en bas, celle de Nafisa, à la peau peut-être trop mate pour travailler ailleurs que dans un fast-food malgré ses quatre ans d’études, celle de Lionel, artiste à la dèche qui voudrait obtenir une place tranquille de prof, celle d’Octavio, un ouvrier au bout du rouleau, celle de Jean-Luc, polytoxicomane et celle de son père, qui ne se bat plus pour l’en sortir. Pas de grandes analyses socio-économiques, nous sommes dans les conversations de comptoir et les tirades enflammées. Le sujet est grave, le roman engagé, le ton parfois dur. "Octavio a donné rendez-vous à Richard dans un café de Sclessin, pas loin de la Meuse, à l’ombre d’une rampe d’autoroute en béton noirci, conçue par un ingénieur dépressif, avec l’intention inconsciente de servir de décor trente ans plus tard, à des films sociaux projetés dans le monde entier. La rue est balayée en permanence par une poussière beige qui sent l’industrie lourde et les vies laminées, à tel point que les propriétaires du café semblent avoir abandonné depuis longtemps l’idée de laver les vitres de l’établissement".

Mais, toujours, Nicolas Ancion enrobe ses mots de son humour et de sa fantaisie, avec une dose de surréalisme bien belge, qui confèrent au roman juste ce qu’il faut de légèreté pour ne pas s’enliser.

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