L'hôpital, organe où bat la vie, où s'agite la ville. Rien de moins vrai ces derniers jours, marqués, dans le paysage liégeois, par la décision du centre hospitalier chrétien (CHC) d'implanter son nouvel hôpital sur le site de Patience et Beaujonc, ancien charbonnage de Glain. Une décision issue d'une large majorité au conseil d'administration, qui compte regrouper ses trois implantations liégeoises en un "hôpital du 21e siècle, performant et humain" a déclaré le directeur général Alain Javaux.

Le CHC a clairement privilégié son projet médical. La balance a penché en faveur d'un coût moindre, d'une facilité de chantier sur un terrain vierge, de l'accessibilité régionale, de la perspective d'un grand parking, d'un processus juridique plus simple. Le remaillage urbain de Fontainebleau où passerait le futur tram, les travaux de dépollution à Glain ou encore les nécessaires aménagements de voiries à Ans (où l'on se montre frileux face à un choix qui risque d'engorger le trafic) n'ont pas emporté la mise. Logique, estiment ceux qui mettent les soins au sens strict en haut de la pyramide. Raisonnable songent ceux qui craignent une concurrence dans ce secteur, la Citadelle et le centre hospitalier psychiatrique étant tout proches...

Mais cette "liberté", cette "indépendance" - termes utilisés par le CHC pour évoquer les possibles extensions, dans le futur, de la clinique sur le site de Glain - ont un fameux prix, épinglé par de nombreuses voix. Ce déménagement trace une croix sur l'espoir, nourri par beaucoup, de recoudre le quartier balafré de Sainte-Marguerite, où se dresse la clinique St-Joseph. Le choix de Glain, même si 190 à 270 bus s'y rendent chaque jour, est le signe, dénonce Urbagora, d'une "fuite avant automobile". Si l'argument que les patients en majorité se rendent de toute façon en voiture à l'hôpital a circulé, peut-on se permettre, à l'heure actuelle, d'appliquer ce raccourci aux visiteurs et aux 2500 médecins et infirmiers qui travailleront au CHC de Liège ? Quand certains, au MR, plaident pour la "cohésion sociale et le sérieux" du choix de Glain, Ecolo regrette que le CHC, "faisant fi des considérations urbanistiques et environnementales" prenne la solution la moins coûteuse pour lui, la facture revenant à la collectivité.

Le CHC a dit ne plus pouvoir attendre pour trancher, le projet étant dans les cartons depuis 2002 avec une ligne d'arrivée en 2016. Pouvait-il en aller autrement quand, face à lui, la majorité liégeoise n'a pu dégager une position claire ? Malgré une opinion affirmée de l'échevin de l'Urbanisme en faveur du centre-ville, le bourgmestre n'a dit mot jusqu'à quelques heures avant la prise de décision tandis qu'aucun consensus n'est sorti du Collège, aucune table ronde ne s'est mise sur pied avec les pouvoirs publics. Reste que, tout privé soit-il, ce dossier se construit en partie avec de l'argent public (150 millions d'euros sur le total de 224) et des feux verts urbanistiques dont l'obtention pourrait s'apparenter à une course d'obstacles.