Gazette de Liége

Plantée dans les hauteurs du Laveu, l'église orthodoxe égaye le ciel froid de ses tours bleutées. Si l'effervescence de Noël a conquis toute la ville, la paroisse reste calme. Le calendrier julien orthodoxe est décalé de 13 jours par rapport au grégorien; leur fête de Noël tombera donc le 7 janvier.

«Symboliquement, il s'agit, à nos yeux, du 25 décembre» précise Guy Fontaine, pope et responsable de la paroisse. L'homme en impose. Sa longue soutane bleu marine et sa dense chevelure grise lui dessinent une silhouette massive. Pourtant ici tout le monde l'appelle «Batchoucka», soit «le petit père».

La fête est «reportée» mais les orthodoxes, emportés par le courant occidental et invités chez des voisins ou amis, ont aussi célébré Noël en cette fin de décembre. «Le 25 décembre, c'est la guindaille et en janvier, c'est la célébration religieuse constate-t-il. Nous fêterons le Nouvel An comme tout le monde, le 31 décembre. Imaginez si on réveillonnait jusqu'au bout de la nuit le 13 janvier, il faudrait aller travailler le lendemain!»

Les préparatifs de Noël prennent forme peu à peu. «Le 6 janvier, je ferai l'office du soir. Le lendemain, jour de Noël, aura lieu la grande liturgie, chantée et célébrée en slavon ou «vieux russe», langue liturgique traditionnelle. Le prêtre dans le sanctuaire dialogue avec le choeur composé de quatre voix. Le chant occupe une place de choix. L'assemblée se tient debout, autour de l'icône symbolisant la naissance du Christ» détaille-t-il.

Incontournable icône

L'icône constitue l'élément incontournable de l'imagerie orthodoxe. Là, nulle sculpture, nulle représentation en trois dimensions. Et nulle crèche. «D'autant que nous n'insistons pas sur l'enfant car Noël signifie l'incarnation de Notre Seigneur Jésus» ajoute l'ancien auteur des «Mots wallons» ertébéens. L'icône de Noël met l'accent sur la Vierge. Saint Joseph, lui, offre une mine perplexe et le petit diable qui l'accompagne symbolise -déjà- le doute propre au genre humain. «Pour célébrer Noël, je porte un habit blanc, couleur de pureté, que je mets également à la Théophanie, la grande bénédiction des eaux, et à Pâques. Pour marquer la continuité entre ces trois moments du Salut du Christ» poursuit Guy Fontaine.

Et après l'office? «Nous nous réunissons dans la salle paroissiale pour les agapes. Au départ, les tables sont vides. Comme chacun amène un plat de son choix, elles se remplissent peu à peu et on partage tout» se réjouit-il à l'idée de ce mélange de recettes.

Les petits ne seront pas en reste, eux qui recevront des cadeaux le 8 janvier, à la «fête des enfants». «La tradition veut que le «Grand-père hiver» (voir encadré) distribue des présents. Je sens que ce sera moi...» annonce celui dont la barbe est tout sauf fausse. Dans la paroisse, beaucoup de Géorgiens, «qui forment une communauté importante et bien organisée», des Ukrainiens, des Russes, des Roumains, des Tchétchènes, des Serbes et d'autres russophones immigrés. Les Grecs, eux, s'organisent dans leur église, selon les mêmes rituels orthodoxes. «Chaque semaine, environ 60 à 80 personnes fréquentent l'église du Laveu. C'est difficile à chiffrer. Il y a environ 150 familles orthodoxes à Liège» avance le prêtre.

Autant de personnes aux origines russophones, marquées par une orthodoxie forte qu'ils pratiquent une fois de plus à Noël, au sein de la petite église bleutée.

© La Libre Belgique 2004