N ous ne sommes pas contre le zoning ni son extension. Tout ce que nous voulons, c’est être entendus et que la gestion du projet se fasse avec bon sens; ce qui n’est pas le cas. Nos remarques ne sont pas prises en considération alors qu’elles rencontrent celles formulées dans l’étude d’incidences." C’est en ces mots que le comité de riverains de la zone 4 des Hauts-Sarts, située entre Hermée et Oupeye, exprime son malaise et sa colère. Sa principale cible : la Spi, l’agence de développement pour la province de Liège, qui porte le projet d’extension du zoning des Hauts-Sarts, le plus grand de Wallonie, qui abrite de l’industrie lourde, des PME et des entreprises de logistique.

Certains habitants de Hermée et de Milmort, des villages directement concernés par les nouveaux aménagements du zoning, se sont regroupés en comité de riverains. Ils participent régulièrement à des réunions de concertation avec l’agence. Mais ils ont l’impression que leurs griefs ne sont pas pris en considération. L’un des points majeurs d’achoppement concerne la volonté de la Spi d’utiliser une zone verte, bordée en partie par des maisons, pour y implanter des activités économiques (la zone 4, grande de 60 ha) alors que, selon le comité, 65 ha de terrains, déjà utilisés à des fins d’activités économiques, seraient disponibles dans le périmètre du zoning.

"La zone 4 est composée de terres agricoles et de chemins de remembrement, très fréquentés pour les promenades. C’est une des rares bulles vertes du coin qui va disparaître. Et puis, ce projet va conduire à des expropriations de fermiers. On tue l’agriculture locale à petit feu. On nous annonce l’implantation dans la zone 4 des PME du côté de l’autoroute et celles des industries lourdes, génératrices de nuisances, tout près des habitations. Une aberration ! Et on évoque l’érection d’un merlon haut de 15 mètres pour servir de tampon. Les riverains n’auront plus de vue", s’insurgent les membres du comité.

"Avec les fermetures chez ArcelorMittal, le site de Chertal tout proche, qui fait 271 ha et qui bénéficie d’un accès à l’eau, au rail et à l’autoroute, pourrait devenir disponible. Signalons aussi que la zone 1 du zoning n’est pas remplie à 100 %. Pourquoi la Spi n’explore-t-elle pas ces pistes ?", poursuivent-ils.

Un échangeur inutile ?

Les riverains pointent le projet de construction d’un échangeur autoroutier sur la A601 pour fluidifier la circulation, en prévision d’un accroissement du trafic lié à une augmentation des activités. "L’endroit choisi n’a aucun sens car les travailleurs du zoning empruntent d’autres sorties, d’accès bien plus aisé que ne le sera jamais cette nouvelle sortie qui va les obliger à faire un détour. L’étude d’incidences du projet démontre que, dans les conditions du zoning occupé à 100 %, l’échangeur, qui coûtera 15 millions d’euros, ne sera rentable que dans 10 ans. Sa construction va priver les fermiers de leur point de livraison de froment, situé à cet endroit exact. Il devrait être délocalisé dans le zoning alors qu’on parle de denrées alimentaires", explique le comité.

Une voie de contournement de l’échangeur doit aussi être créée. "Trois rues seront ainsi fermées à la circulation. Les habitants et les fermiers vont devoir emprunter le zoning pour rentrer chez eux. Et il y aura encore des expropriations de terres agricoles."

Outre ces multiples griefs, le comité de riverains des Hauts-Sarts accuse la Spi d’essayer de les faire taire. "La Spi nous a dit qu’elle cesserait de nous convier aux réunions si nous avions des contacts avec la presse, alors qu’elle communique largement dans les médias", affirme le comité.

Le bras de fer entre les riverains et la Spi s’annonce rude. Le comité a envoyé vendredi un courrier de protestation contre ce projet d’extension dans cette forme à quelque 100 élus locaux, provinciaux et régionaux. En début d’année, la Spi avait reçu 1000 lettres de réclamations en réponse à l’enquête publique.