Gazette de Liége Trouvé sur une brocante, un agenda raconte l’année 1940 de JIV.

Né à Liège en 1954, Jim Sumkay n’est pas seulement l’un des plus talentueux photographes liégeois, il est aussi un chineur passionné. Il vient de nous faire bénéficier d’une de ses trouvailles. Un tout petit (10 x 6 cm) agenda de l’année 1940, distribué par l’Assurance liégeoise et qui a appartenu à Joseph Demarteau quatrième du nom à la direction de la Gazette de Liége . D’où son excellente idée de le communiquer à ce journal constituant aujourd’hui les pages liégeoises de La Libre Belgique.

Une dynastie de Joseph

Tout d’abord, une toute petite rétrospective pour mieux apprécier le document. Repris en avril 1840, le titre déjà ancien (le plus ancien numéro connu date de 1666) de la Gazette de Liége est confié par l’évêque de Liège, Mgr Van Bommel, à Joseph Demarteau, qui avait été secrétaire de Charles Rogier lors de l’indépendance de la Belgique. Il s’agissait de remplacer, sur la place liégeoise, le journal catholique Le Courrier de la Meuse, dont le propriétaire émigrait à Bruxelles. La première Gazette de Liége nouvelle formule est publiée le 4 avril 1840 et devient quotidienne dès le 1er janvier 1841. Après J1, il y aura JII puis JIII et enfin JIV, toute une dynastie de Joseph, prénom de chaque premier né dans la famille Demarteau.

Les premiers mois de guerre

Le propriétaire du petit agenda trouvé par Jim Sumkay était donc Joseph Demarteau, qui avait 21 ans en 1940. Étudiant en droit à l’Université de Liège, il travaillait un peu à la Gazette, où son avenir était tout tracé. On y trouve les occupations d’un jeune étudiant catholique, ses cours, des conférences, des réunions de famille, plusieurs déplacements de Liège à Huy… à vélo ! Le 11 avril, le jeune homme note en majuscule : 11 h- déjeuner chez Vaxelaire avec FERNANDEL (sans doute une conférence de presse).

Les pages les plus intéressantes sont celles qui suivent la déclaration de guerre du 10 mai 1940. La famille Demarteau, comme beaucoup d’autres Liégeois, a évacué en France jusqu’à Toulouse. Fin août, elle reviendra à Liège, où le jeune Joseph l’a précédée au début du mois. Le 12 septembre 1940, une inscription laconique : "Arrestation de papa" . Le 15 septembre : "Démarches à Saint-Léonard. Je porte un paquet à papa." Il mentionne le transfert de son père à Bruxelles : "Démarches à la prison de Saint-Gilles et à la Gestapo , avenue Louise. On me promet que je pourrai voir papa jeudi pro chain." Le 20 octobre, Joseph Demarteau III est transféré à Berlin. Assez étonnamment, on ne trouve plus aucune information dans les pages qui suivent ; mais nous savons qu’après sept mois et demi de détention à Berlin, suite à une libération inattendue, Joseph Demarteau III put rentrer à Liège.