Hommage musical à Sophie Watillon

La musique est un des moyens pour les âmes de se rejoindre à travers la distance et le temps et fait vibrer en nous cette fibre qui est sans doute ce que nous avons de plus important... Lumineuse, Sophie Watillon était à l'image de sa musique. Talentueuse, généreuse, à l'écoute de ses élèves, qu'ils soient musiciens de haut niveau ou simples amateurs.

La musique est un des moyens pour les âmes de se rejoindre à travers la distance et le temps et fait vibrer en nous cette fibre qui est sans doute ce que nous avons de plus important... Lumineuse, Sophie Watillon était à l'image de sa musique. Talentueuse, généreuse, à l'écoute de ses élèves, qu'ils soient musiciens de haut niveau ou simples amateurs. Elle a quitté les siens le 31 août dernier, à l'aube de ses 40 ans, juste après avoir enregistré un disque souverain en forme de testament chez Alpha: «The Seasons, The Months & others time's divisions» de Christopher Simpson.

Lors de ses funérailles, personne n'a eu le courage de sortir son instrument. La musique était en deuil. Aujourd'hui, même si l'émotion demeure vive, ses amis et ses proches désirent s'exprimer en musique. Et communiquer leur admiration et leur amitié. «Je connaissais l'amour des gens pour Sophie puisqu'elle était une amie proche», explique Benoît Douchy, violoncelliste baroque qui coordonne la journée de samedi. «Mais la réponse des musiciens m'ébahit. Certains viennent du Japon, juste pour écouter et être présents. D'autres vont faire 2000 km pour venir jouer 10 minutes! Tous seront là pour elle.»

Diplôme de viole de gambe

Personnalité charismatique, Sophie Watillon a baigné dans la musique ancienne, comme ses quatre frères, depuis sa plus tendre enfance. Chez les Watillon, la musique remplaçait la télévision. C'est d'ailleurs dans la chambre de ses parents, amateurs passionnés, que Sophie a découvert la viole de gambe de sa maman. Elle a rapidement troqué sa flûte à bec pour cet instrument chaud, rond, intime, qui traduit si bien la musique baroque. Un instrument qui l'a emmenée aux quatre coins du monde et dont elle a cherché toute sa vie à transmettre l'amour.

Rêveuse éclairée, née à Namur en 1965, la musicienne a d'abord étudié aux conservatoires de Maastricht et de Liège avant de se perfectionner chez Wieland Kuijken et d'obtenir le diplôme supérieur de viole de gambe au Koninklijk Muziekconservatorium de Bruxelles. Elle a participé plusieurs étés à des master classes, en Espagne auprès de Jordi Savall, en Italie et en Suisse auprès de Paolo Pandolfo. Chambriste très recherchée, elle a donné de nombreux concerts, ici et à l'étranger, avec les ensembles les plus réputés.

«Elle excellait sur toutes les violes, aussi bien la basse que le dessus, et, plus qu'un membre du consort, elle est très vite devenue ma partenaire. Nous dialoguions à deux dessus comme deux chanteurs», dit d'elle Jordi Savall.

Nombre de ses enregistrements, parus pour des labels belges et étrangers, ont obtenu les plus hautes récompenses. «La Rêveuse», disque en soliste consacré en 2003 à des oeuvres de Marin Marais, est resté dans les mémoires. Passionnée de pédagogie, Sophie Watillon s'est aussi consacrée à l'enseignement de la viole de gambe à l'Académie de musique de Woluwe-St-Lambert et à l'Escola Superior de Musica de Catalunya à Barcelone (Espagne). «Nous rêvions Sophie et moi de créer une école de musique où l'instrument serait le moyen d'une expression profonde des êtres et non un but en soi», poursuit Benoît Douchy. «C'était quelqu'un qui avait de l'or dans sa communication. Elle considérait chaque personne qui se présentait à elle comme la plus importante.»D Gaëtane Reginster

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© La Libre Belgique 2005