Au temps des verriers d'Herbatte...

Un livre ravive l'histoire du quartier, au temps où les fours de la verrerie chauffaient. Des chapitres d'anecdotes, glanés auprès de la mémoire vive des lieux: ses habitants. Un clin d'oeil enrichissant sur la vie sociale et économique des verriers et leur époque.

Chantal Godard

Les Editions Namuroises viennent de réimprimer le livre: «Herbatte et ses verriers. Chronique d'une industrie disparue du Namurois: 1852-1949» édité en septembre dernier.

Sous la plume truculente de Michel Beguin, natif du quartier d'Herbatte - en 1943, à 100 mètres de la verrerie, rue de Balart - à une époque où les verriers s'époumonaient à souffler le verre pour fabriquer gobelets, bouteilles, presse-papiers, verres d'éclairage et autres objets en verre ou semi-cristal qui font aujourd'hui la fierté des musées et les affaires des antiquaires.

Le livre est rempli d'anecdotes de la vie des ouvriers, glanées amoureusement dans les bibliothèques mais aussi auprès d'habitants du quartier encore vivants.

Au fil des pages, on apprend l'histoire du quartier d'Herbatte situé en bordure du chemin de fer et qui au Moyen Age se trouvait enceint dans des fortifications et se composait du Petit et du Grand Herbat.

Cartes postales historiques

De la verrerie construite en 1852 par la société du Val-St-Lambert, il ne reste quasi rien excepté quelques cartes postales et photos nostalgiques reproduites dans le livre, car le site ancien a été «complètement gommé».

Çà et là, Michel Beguin introduit des historiettes de personnages du cru ponctuées de phrases en wallon.

Sur le plan historique, on apprend comment se fabriquait le verre au Moyen Age, où il fallait trois semaines pour amener un four à la température de 1400°, nécessaire à la fusion des matériaux qui le composent: de la silice mélangée à des sels de soude et de la potasse pour le verre et mélangée à du plomb pour le cristal.

Conditions de travail maudites

Mais ce qui fait l'intérêt du livre, c'est la façon dont l'auteur approche la vie quotidienne des verriers et plus largement la vie sociale d'une époque où adultes et enfants étaient transformés en «viandes à feu».

M. Beguin compare le métier de souffleur à celui du mineur car ses poumons se dessèchent en aspirant la silicate mêlée à un air irrespirable et dans une chaleur insupportable. Sans parler des enfants qui occupent les plus mauvaises places près des «ouvreaux», ouvertures par lesquelles les «cueilleurs» prélèvent le verre en fusion au bout d'une canne dans une chaleur d'enfer. Tandis que les plus jeunes font le travail de «porteurs» et tracent jusqu'à 20km par jour pour transporter les produits.

Les salaires, le travail des femmes, les loisirs, les fêtes assorties de chansons en wallon, la vie syndicale, les sociétés philanthropiques, des anecdotes pleines d'humour sur l'Occupation vue à travers les yeux des «galopins d'Herbatte»... Tout fait feu au livre de cet éternel galopin qu'est Michel Beguin. Une façon pour lui de raviver sa mémoire et de la transmettre aux Namurois.

Le livre est disponible aux Presses Universitaires de Namur: rempart de la Vierge, 13 - 5000 Namur - tél.: 081/72 48 84

E-mailpun@fundp.ac.be

Prix: 18 euros

Edité avec le soutien de la Ville de Namur. M. Beguin destine ses droits d'auteur au Restaurant du Coeur de Namur.

© La Libre Belgique 2006