L'enfant de Néanderthal a livré ses secrets

Luc Scharès

Les scientifiques qui présentaient hier le résultat de leurs recherches, à la grotte Scladina, ne sont pas peu fiers. Pour plus d'une raison. D'une part, c'est la première fois que des tests d'ADN sur un mammifère datant de 100 000 ans sont concluants. La nouvelle est d'autant plus remarquable qu'il s'agit d'un hominidé. Ensuite, jusqu'ici, seuls neuf autres Néandertaliens avaient donné des informations aux généticiens. Les plus anciens datent de 40 000 ans. Enfin, la séquence ADN fait apparaître que la diversité génétique de l'homme de Néanderthal était jusqu'alors sous-estimée. La découverte est d'ampleur internationale.

Parmi les fragments osseux retrouvés dans la grotte Scladina, une molaire a été mise de côté pour être analysée par le laboratoire de biologie moléculaire de l'école normale supérieure de Lyon. Détail amusant, il s'agit d'une dent de lait. «L'ADN date de 100 000 ans, elle est donc antérieure à l'arrivée de l'homo sapiens et l'époque où les Néandertaliens cohabitaient avec les hommes modernes», note le DrLudovic Orlando, du labo lyonnais. Il semble que le patrimoine génétique de l'homme de Néanderthal se soit appauvri au fil du temps. Les informations révélées devraient permettre de mieux comprendre ce qui s'est passé.

Une question reste entière. L'homme de Néanderthal était-il un de nos ancêtres? Ou pour le dire autrement, y a-t-il eu croisement entre les Néandertaliens et les hommes modernes lorsqu'ils vivaient ensemble? Rien de ce qui vient d'être découvert ne permet de l'affirmer. Mais les chercheurs qui ont travaillé sur l'enfant de Sclayn sont unanimes pour dire que ce n'est pas exclu. Contrairement à ce qu'affirment d'autres scientifiques. Bref, l'identité génétique de cet hominidé est encore bien trop mal connue que pour tirer des conclusions définitives sur une incompatibilité.

Aux yeux du professeur Marcel Otte, de l'université de Liège, «le processus d'hominisation ne nous autorise pas à exclure de notre espèce les formes d'hominidés si proches, tels les Néandertaliens, qui ensevelissaient leurs défunts et étaient adaptés à toutes les chasses».

© La Libre Belgique 2006

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